Grandir au renversement radical et vivre la communauté universelle

Intentionnalité

N’ayant point reconnu leur vraie nature, ils sont toujours insatisfaits…

Le mouvement déterministe de l’histoire suit son cours inéluctable, je veux vivre et incarner la fin de l’histoire maintenant plutôt que d’instrumentaliser l’histoire de la fin pour continuer à ne pas vivre. 

L’intentionnalité n’est pas un vœu pieux. Il ne faut pas confondre l’intentionnalité avec une simple intention, une simple élucubration mentale.

L’intentionnalité c’est se reconnaître comme le Divin-monde. C’est être déjà en capacité de se produire comme Joie, Calme et Amour. Si je me prends pour quelqu’un et que je pose une intention sur le monde alors je me produis comme individu séparé du monde, je me mets donc en position de non-intentionnalité.

L’apparent personnage que le divin que nous sommes créé fait une collection infinie de hochets narcissiques, l’intentionnalité en fait partie.

C’est parce que l’homme à déjà reconnu pour lui-même qu’il est l’Être générique et que donc il le vit déjà au quotidien que l’intégralité du monde se transforme en terme de perspective et de pratique. Il ne se prend plus pour un individu séparé et dire «J’ai de l’intentionnalité» n’a aucun sens. Si je crois être tout ce qui se rattache à mon prénom, je me mets en boîte et me coupe de la Vie. Je m’identifie aux faiblesses, aux peurs, aux conditionnements et au narratif mental du personnage et comme je crois que c’est «moi» (tout en prétendant vouloir en sortir) alors je le reproduis à l’infini et me mets dans l’incapacité de transformation.

Si je prétends vouloir réaliser ma vraie nature mais que je produis sur moi angoisse, petitesse, jugement stérile et mal être alors je prouve ma non-intentionnalité dans ce cas-ci je lâche l’ «intentionnalité» qui n’est qu’un hochet.

Le début de l’intentionnalité c’est faire silence vocal et mental pour Poser le regard qui brûle le voile qui me fait végéter: me prendre pour ce personnage limité que je crois être.

La première intention de transformation de tout un chacun est le bonheur. Si je ne suis pas capable de me produire comme heureux, détendu et stable, si je n’ai pas reconnu ma vraie nature alors comment puis-je prétendre parler d’intentionnalité puisque mon quotidien prouve que je ne maîtrise pas le sujet…

L’intentionnalité c’est le sortir de soi pour entrer dans le Soi: c’est d’abord sortir du «moi je».

Désir

Le désir est une pulsion de vie qui peut être ressentie dans le corps lorsqu’on est à l’écoute.

Le désir, pour le personnage, c’est poser ma jouissance pour demain. C’est justifier mon insatisfaction immédiate par le manque de quelque chose que je dois obtenir. Dans ce cas, désirer, c’est me définir comme incomplet, c’est mettre le bonheur à l’extérieur. C’est être dans un cercle vicieux d’insatisfaction interminable quoi que je fasse, quoi que je dise… Heureusement, il est possible de sortir de ce cercle vicieux.

Être en manque, c’est être impuissant à distinguer ce que je veux réellement, c’est être une proie pour le rapport social marchand qui à produit l’individu séparé que «je» crois être.

En réalité nous sommes le bonheur même.

Lorsque nous nous sommes reconnus comme étant le fondement du bonheur alors ce «désir-besoin» disparaît pour laisser place à un allant naturel, un élan du cœur puissant. Alors lorsque le désir apparaît, il apparaît dans un espace d’ouverture et de sérénité qui fait distinction spontanée entre le besoin compensatoire et le vrai élan du cœur.

L’effet immédiat de cette distinction, est que l’aspiration se déploie sans entraves dans une liberté qui produira le meilleur d’elle-même car il est réalisé que nous sommes la Vie qui contient en elle-même son propre but. Lorsque «je» marche pour aller à la gare, «je» vis la marche en elle-même et le résultat d’arriver à la gare n’est plus un enjeu narcissique qui viendrait saper le chemin et donc saper le résultat…

Lorsque le désir apparaît depuis l’individu séparé il est parasité par la confusion inhérente à la non reconnaissance de notre vraie nature, alors commence un auto-sabotage compulsif souvent mené par le monologue intérieur. Non seulement le personnage ne distingue pas le besoin compensatoire du vrai désir mais il transforme malgré lui le vrai désir en un enjeu narcissique. Cet élan de vie noble et divin – qui contient en réalité déjà le bonheur en lui-même – est réduit à un moyen d’accéder au bonheur plus tard. Dès lors que le désir part du «moi» séparation mentale compulsive de la Vie, le bonheur que nous sommes n’est pas reconnu dans l’élan même ou comme le désir même, mais le bonheur est renvoyé dans un éternel plus tard consumériste de savoirs et d’objets marchands.

Qui est le plus puissant, un homme déjà satisfait et qui part donc de sa satisfaction pour produire? Ou l’insatisfait ?

Croire qu’un homme satisfait resterait sur son canapé et ne produirait rien c’est dire qu’en vérité nous assimilons l’homme à un végétal…

Ce qui retient l’homme à demeure, c’est la confusion que produit l’insatisfaction inhérente à la non-reconnaissance de l’Amour que nous sommes.

Satisfaction et insatisfaction

Je sais intellectuellement que je suis l’Être générique mais je ne me suis pas reconnu comme tel et donc je ne le vis pas :

Je pars de mon insatisfaction espérant la nier en produisant dans le monde une critique de ce qui m’apparaît comme aliéné, je suis dans un processus de désaliénation piégeux. N’ayant pas reconnu comme moi-même cette vibration de Vie, je pratique ce que j’ai intellectuellement déduit comme émancipatoire et je rejette ce que j’ai intellectuellement déduit comme aliénatoire. Cette attitude pose en elle-même la médiation malgré la satisfaction passagère de faire ce qui me semble juste, je me sens toujours incomplet: évidemment, je pars de mon insatisfaction, mon principe apparemment vécu est « je ne suis pas l’Être générique mais je le deviendrai plus tard une fois que j’aurai accompli ceci ou cela…». Tous mes actes sont médiés par une projection mentale consciente ou inconsciente sur le moment, je suis piégé dans un cercle vicieux car je produis ma propre médiation entre «moi» d’un côté et le monde de l’autre. Je me produis comme aliéné dans un processus de désaliénation sans fin.

«Je ne suis pas venu pour abolir la loi mais pour l’accomplir»

Je me suis reconnu comme étant l’Être générique. La crispation et l’auto-domestication émanant de l’effort pour coller à une projection mentale ont disparu.

J’ai confiance en moi-même comme j’ai confiance en la Vie car je me suis reconnu comme la Vie. Le rapport social a de moins en moins de prise car le contenant illusoire qui le recevait s’efface, le «moi» personnel est remis à sa place. L’être générique se manifeste directement et spontanément car les chaînes qui l’entravait ont été brisées.

Je pars de la satisfaction d’être pour la reproduire positivement à chaque instant sans avoir besoin de réfléchir, de projeter. La liberté qui s’exprime sans entrave est puissante, indéboulonnable. Ce calme profond, cette joie subtile, cet amour vibrant peut être capté par l’apparent autre qui est reconnue comme nous-même. Un espace d’ouverture se crée et la transmission se fait de manière fluide et joyeuse lorsqu’elle doit avoir lieu. J’exprime spontanément et sans ratés ma vraie nature dans des actes quotidiens. Instantanément tout a changé et pourtant rien n’a changé (je continue à manger, boire, faire l’amour, le ménage, emmener mes enfants à leurs activités…).

Pratique et faire

Les conditions objectives d’existence déterminent la représentation que «je» me fais du monde.

Cet élan pour la Vérité qui émane de l’illimité que nous sommes est souvent récupéré par la partie limitée à laquelle le divin que nous sommes est identifié, ce personnage illusoire qui s’imagine qu’en élaborant un échafaudage de pratique quotidienne il va renouer avec la Vérité.

Or c’est dans le fondement, dans le principe qu’est contenu le développement et le résultat. Ainsi, si je pars de l’idée qu’il y aurait un «moi» Pierrepauljacques qui doit avoir tel comportement pour se reconnaître en tant que substance mondiale, ma prémisse contient l’antithèse du résultat attendu puisque je m’appréhende comme séparé du monde, il ne pourra en résulter que le renforcement en la croyance d’un individu séparé d’un côté puis une substance mondiale qu’il faudrait atteindre de l’autre, c’est-à-dire qu’en pratique je me produis comme séparé de la substance mondiale.

L’homme n’est pas végétal ou purement animal, ce n’est pas simplement en nourrissant le corps de l’homme avec les bons ingrédients de terroir, en nettoyant le corps et son environnement de manière appropriée saupoudré d’une tension mentale vers la jouissance qu’il va automatiquement s’épanouir, cela s’appelle améliorer les conditions de vie de la prison. Cette erreur ne peut être commise que s’ il y a identification inconsciente – et donc incarcération – au corps, aux émotions, aux pensées compulsives et donc au conditionnement social. La spécificité de l’homme c’est bien la conscience qui s’est reconnu. C’est donc la prémisse à toute activité. Ce n’est pas le Bourgogne qui produit un émerveillement. C’est l’Émerveillement qui s’est reconnu comme tel et comme substance de toute chose qui reconnaît l’émerveillement-Bourgogne lorsqu’il entre en rapport avec lui.

Ainsi les conditions objectives d’existence vues depuis le jugement de l’individu illusoire ne sont qu’une suite algorithmique de schémas comportementaux conditionnés jugés purs et impurs correspondant à un mode de production sociale X qui produit des individus apparemment séparés aˣ, bˣ et mode de production social Y qui produit des individus apparemment séparés aʸ, bʸ,… «je» vais donc m’astreindre à des conditions d’existences que «je» juge pures pour m’auto-domestiquer, je fais sur moi ce que la société aliénante me fait, or sortir de l’aliénation c’est sortir du schéma de la reproduction sociale de l’aliénation… Et d’où «je» pars pour poser ses conditions d’existence ? D’une idée, d’une interprétation mentale de «moi» qui prétend recueillir le vrai, c’est le limité et l’instable qui prétend pouvoir recueillir l’illimité immuable… Cette instabilité du «moi» se vérifie par l’évolution constante de l’idée que «moi» se fait du vrai et de la «meilleure» manière de l’incarner (à 6 ans, 20 ans, 40 ans), ce jeu de dupes est sans fin et ne sert qu’à reculer l’heure fatidique de la mort du «moi», de la fin de l’histoire… Comme on le voit ici, du point de vue de l’incarnation consciente, la résultante sociale aliénante fondamentale est l’individu séparé. Couper l’aliénation à la racine, c’est remettre en cause l’individu, l’existence de ce «moi» apparu au néolithique et que l’on ne remet jamais en cause. Radicalement les conditions objectives d’existence de la société aliénante produisent la représentation de «moi» individu séparé face au monde. Ensuite peu importe les actes produits s’ils sont produits à partir de la croyance d’être un individu séparé, ils sont faux, instables et à jamais insatisfaisants puisque l’illimité que nous sommes ne pourra jamais se satisfaire du limité que l’on croit être. Se produire contradictoirement à la société aliénante ce n’est pas renverser les pions sur la table de l’individualité, c’est renverser la table de l’individualité.  Je suis né dans une société aliénante, je reste déterminé par les conditions objectives d’existence tant que je les récuse dans leurs formes diverses et non dans leur fond Unique. Laisser l’individu séparé se dissoudre, c’est accepter de mourir à tout ce que l’on croit être pour renaître à « ce qui est ». Cette révolution qui réintègre le mouvement réel vibrant de la Vie en lui-même est inébranlable par le rapport social aliéné.

L’être générique 

L’Être générique s’est reconnu comme le tout du monde, c’est le Un qui est le Tout.

Au sein de l’être générique apparaissent émotions, pensées, corps et informations sensorielles. L’être générique, malgré l’intimité avec tout ce qui apparaît en son sein, ne s’approprie pas les émotions pour dire mes émotions, les pensées pour dire mes pensées, le corps pour dire mon corps, ne projette pas le monde capté par les sens comme extérieur à lui et ne s’approprie pas une partie du monde, il est le corps du monde et le monde est son corps. Il est la danse de la vie qui apparaît en la Vie qu’il est. Il est la joie subtile et calme, cet amour vibrant qui se goûte avec curiosité et émerveillement dans toutes les formes dont il est la substance: joie, colère, peur, tristesse, dégoût, amours, enthousiasme, nature… La vie est un jeu sans enjeux. L’Être générique s’est reconnu comme la Conscience universelle au sein de laquelle tout apparaît et qui compose toutes choses. Ce que l’on appelle communément les pensées sont des commentaires superfétatoires, une résurgence idéelle du monde de la séparation. L’Être générique qui reconnaît le monde comme sa totalité organique à autant besoin de pensées pour être qu’en aurait besoin le cœur pour battre ou les poumons pour respirer. La pensée est déjà le fruit de la séparation de l’être, la pensée fondamentale née au néolithique est «moi» comme individu séparé du monde, lorsque être et penser sont la même chose il n’y a plus que l’être qui se décrit et se vit lui-même, une intelligence de Vie sans commune mesure avec les capacités cognitives justes bonnes à construire un mur droit ou retrouver ses clés de voiture. Lorsque l’être générique parle, c’est le monde qui parle directement. Dans une société aliénée, l’enfance qui est normalement le moment de reconnaissance de l’Être générique devient le moment du conditionnement social.

L’Être générique qui ne s’est pas reconnu crée et s’identifie à l’individu séparé illusoire qui apparaît en son sein via le conditionnement social aliéné. Ce personnage créé de toutes pièces est une idée, une représentation du monde, c’est un effort mental d’appropriation et de compilation d’une partie de ce qui apparaît. C’est un Arlequin fabriqué à partir de morceaux de mémoires, de certaines émotions, de certaines pensées – processus surdéterminé par l’Histoire mondiale – puis tout cela est perçu comme fourré à l’intérieur d’un corps de chair : le personnage Pierrepauljacques est né… Ensuite il y a un effort inconscient mais permanent, une tension, pour maintenir cet Arlequin séparé d’un «monde» projeté comme extérieur. Durant l’apparent processus de reconnaissance de l’être générique, il est possible de voir comment est fabriqué cet Arlequin limité piochant de manière consciente ou conditionnée dans le matériel illimité à disposition, comment cela est fait sur Soi mais aussi sur les prétendus autres personnes. L’Être générique est la chair du monde ancrée dans un corps de chair dont les limites physiques sont plastiques puisqu’il produit la totalité de son monde comme son propre corps organique. Le monde pour l’être générique n’est pas une projection mentale comprenant la totalité de la superficie de la terre ou la totalité de l’histoire mondiale c’est simplement la totalité de la réalité directement vécue y compris s’il est directement vécu une projection mentale sur l’histoire mondiale qui est donc reconnu comme telle. L’Être générique qui est identifié au personnage ressent sans pouvoir l’expliquer ce sentiment de fond lancinant d’incomplétude et d’insatisfaction quoi qu’il accomplisse, cela est dû à cette erreur fondamentale de perspective, il est inconsciemment su que l’illimité que je suis ne peut pas être ce personnage limité que je crois être…

Mise en pratique:

Laisser un commentaire