Vivre le Christ

Ici, vous n’accumulerez pas de faux savoirs supplémentaires, vous vous débarrasserez de ce qui obstrue le Vrai qui rayonne déjà en vous !

« Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je suis venu apporter, non la paix, mais l’épée » (Mat, X, 34-38)

L’épée vient trancher le voile de l’illusion. L’illusion est produite en médiation du réel. 

Par les conditionnements sociaux la Conscience que nous sommes se goûte elle-même médiée par des filtres. Il s’agit de voir les filtres pour ce qu’ils sont afin de distinguer notre nature réelle. 

Ce message s’adresse à la conscience qui se croit être un individu séparé. L’apparent individu séparé cherche à tout prix la paix sans jamais la trouver puisqu’il en est l’entrave. La paix tant espérée ne se peut reconnaître comme telle qu’une fois tranché le voile de l’illusion. C’est une invitation au renversement de perspective, reconnaître que nous sommes l’absolu au sein duquel apparaissent directement les finitudes au lieu de passer par moi PierrePaulJacques finitude qui expérimente d’autres finitudes à l’infini, en quête d’universel. Cette expérimentation du mauvais infini qui est le quotidien de l’humain dans les sociétés de l’avoir vient du fait que l’Homme qui se sépare de la nature, se sépare de lui-même dans une représentation constitué de schémas mentaux conditionnés qu’il identifie comme lui-même et qui viennent faire médiation au mouvement réel dans le quotidien et dans l’appréhension de l’Histoire. À partir du moment où, au Néolithique, l’Homme pose une médiation objective entre lui et le Tout, il se crée comme individu séparé faisant apparaître cette impression de séparation dans l’expérience.

L’épée n’est pas une invitation à ce que le personnage s’arme de son épée de bois pour combattre sa représentation du faux là où il la met, c’est à dire toujours à l’extérieur. Le faux ne peut produire du vrai, on ne combat pas le faux à partir du faux. L’invitation est de retourner l’épée contre soi-même afin de tuer la personne illusoire, et ne pouvant tuer une illusion, juste reconnaître que c’est une illusion.

Et c’est uniquement là que l’épée de bois se transforme en épée de distinction par auto-transverbération produisant la transsubstantiation. Ce renversement de perspective, ce vrai repentir, est la source du Vrai, il n’est alors plus possible de ne pas être en vérité. C’est uniquement ici que commence l’Agir Vrai.

Cet enfant est au monde pour le salut et la ruine d’un grand nombre en Israël, et pour être un but à la contradiction ; vous-même, vous sentirez le glaive transpercer votre âme : et ainsi seront révélées les pensées cachées dans le cœur d’un grand nombre. » (Luc, II, 33-35)

Dans le monde aliéné le salut passe par la ruine car re-naître au Vrai Soi passe par mourir au faux soi. Tant que nous ne somme pas nés une deuxième fois nous sommes perdus dans une lutte Donquichottesque contre le mal. Christ met fin à la recherche dans le contradictoire par dépassement des extrêmes existentielles dans l’être de l’amour.

Les pensées apparaissent au sein du cœur mais ne sont pas vues pour ce qu’elles sont: des pensées disparaissantes, elles sont crus définitivement vraies. C’est ainsi qu’on s’identifie à des pensées discursives qui ne nous appartiennent pas mais qui sont le fruit du rapport social. Voir avec les vrais yeux de la Conscience c’est distinguer Christ de Jésus. Le glaive de la reconnaissance produit la vision claire.

Vous avez appris qu’il a été dit : œil pour œil et dent pour dent. Et moi, je vous dis de ne pas tenir tête au méchant ; mais si quelqu’un te frappe sur la joue droite, tends-lui encore l’autre. (Mat, V, 38-42)

C’est un appel a mettre un terme à l’histoire personnelle et cela désigne la fin de l’Histoire comme destination. Tant que l’on ne sort pas du cercle vicieux de la dette héréditaire perpétuelle, la Conscience universelle que nous sommes est comme absorbée dans une histoire étriquée de malheur, de rancune, de réparation. Pardonner est le plus beau cadeau que l’on puisse se faire. Le pardon ultime, c’est de se pardonner d’avoir oublié notre vraie nature par la domestication sociale. Celui qui vit n’a pas le temps pour ces bisbilles, il s’émancipe de l’histoire malheureuse dans la reconnaissance que ce que nous sommes est intouchable. Cette joue universelle tendue est inatteignable. L’erreur n’est pas de se défendre d’une agression, c’est de croire que le rapport asservisseur-asservit constitue la totale vérité du vécu direct. Un rapport d’asservissement peut apparaître au sein de la vie que nous sommes, mais il n’est nullement obligatoire de s’asservir au rapport d’asservissement. Il n’y a que celui qui a quelque chose à perdre qui se soumet. Il n’y a que celui qui se prend pour un individu séparé qui croit avoir quelque chose à perdre. L’ asservisseur a besoin de l’asservit pour exister et réciproquement. Lorsque l’on ne s’identifie plus à aucun rôle, on n’entre plus en résonance avec un potentiel contraire. Si je ne me définis ni asservisseur ni asservi, je n’attire ni asservisseur, ni asservi… L’essentiel est donc cette prise de recul, ce changement de perspective qui permet de se départir du personnage auquel on s’était identifié… et ô miracle, lorsque je me reconnais comme sans contraire je n’attire plus aucun extrême…La vie que nous sommes est sans contraire, elle est le mouvement insaisissable de naître et de périr.

« Il leur proposa aussi cette comparaison : Personne ne met à un vieux vêtement un morceau pris à un vêtement neuf : autrement, on déchire le neuf, et le morceau convient mal au vêtement vieux. Personne non plus ne met le vin nouveau dans des outres vieilles : autrement, le vin nouveau rompant les vaisseaux, il se répandra, et les outres seront perdues. Mais il faut mettre le vin nouveau dans des outres neuves, et tous les deux se conservent. » (Luc, V, 36-38)

C’est une invitation comme la parabole de la charrue et tant d’autres, à accepter de laisser totalement mourir notre représentation limitée du monde et de nous-même. En effet, rien ne subsiste aux feux de la conscience. L’ancien réceptacle, ce personnage, est impropre à recevoir le Logos. L’individu séparé est une production sociale adéquate au mode de production qui l’a produit. Un mode de production produit à la fois le contenant et le contenu. L’individu séparé est le réceptacle adéquat à recevoir les conditionnements sociaux et à s’y limiter afin de fonctionner en société aliénée. Or on ne peut pas se croire individu séparé et en même temps se reconnaître en tant que conscience universelle. Le premier est l’obstacle au second, le second détruit le premier.

Je suis venu jeter le feu sur la terre, et que désiré-je, sinon qu’il s’allume ? Je dois être baptisé d’un baptême, et quelle angoisse en moi jusqu’à ce qu’il s’accomplisse. (Luc, XII, 49-53)

L’eau du baptême symbolise à la fois la mort par immersion de l’ancienne vie du croyant, livrée au péché, et sa naissance dans une dimension divine et éternelle. Balayer toute croyance, pour ne plus manquer le but (pécher) et ainsi naître à notre vraie nature qui est cette dimension divine et éternelle. 

L’angoisse est l’auto-écrasement expérimenté par la Conscience lorsqu’elle se limite par identification ou déni aux émotions et pensées qui émergent en son sein. Trivialement, c’est cette pression souvent ressentie dans le plexus solaire lorsque nous écrasons notre rayonnance. Ne luttez pas contre cette sensation, observez l’angoisse envahir le corps pour que rejaillisse la lumière divine. Quelle Renaissance, quel soulagement lorsque toutes ces cristallisations mentales et émotionnelles héritées de la société se dissolvent dans le feu éternel de la conscience !

«Pensez-vous que je sois venu apporter la paix sur la terre ? Non, je vous le dis, mais la division. Car désormais cinq personnes dans une maison seront divisées, trois contre deux et deux contre trois : le père contre son fils, et le fils contre son père ; la mère contre sa fille, et la fille contre sa mère ; la belle-mère contre sa belle-fille, et la belle-fille contre sa belle-mère.»(Luc, XII, 49-53)

Cela n’invite pas l’apparent personnage à prendre son épée de bois pour molester sa famille afin de se sentir plus vrai, plus légitime, plus digne, plus… Ici la contradiction est toujours exposée dans la même logique, elle est générationnelle. Nous sommes cette maison (cet espace d’accueil, ce champ de conscience) dans laquelle le nouveau se départit de l’ancien.

«Une grande foule de peuple marchant avec lui, il se retourna vers eux et leur dit : Si quelqu’un vient à moi et ne hait pas son père et sa mère, sa femme et ses enfants, ses frères et ses sœurs, et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple. Et celui qui ne porte pas sa croix et ne me suit pas, ne peut être mon disciple.» (Luc, XIV, 25-27)

En tant qu’individu séparé, les rôles sociaux apparaissent comme un horizon indépassable.

Quoi de plus dur que d’abandonner son enfant ou ses parents. Se reconnaître comme conscience universelle c’est se reconnaître comme le père de toute chose, une transition vers un amour inconditionnel qui transcende l’amour existentiel et l’attachement familiale. Lorsque l’on est sur le seuil de la reconnaissance il peut y avoir une peur de ne plus être capable d’aimer ce que l’on a aimé jusqu’ici, bien au contraire tout est embrassé en transparence même l’amour existentiel lorsqu’on rompt les attaches. Les disciples doivent porter cette croix qui est l’interjonction explosive entre la vie horizontale et la vie verticale. Et lorsque enfin on ose porter cette croix, quelle joie de voir que loin de nous peser, elle nous libère de la conscience malheureuse qui veut faire de sa vie un sacerdoce horizontal narcissique…

« Ainsi donc, quiconque d’entre vous ne renonce pas à tout ce qu’il possède ne peut être mon disciple »(Luc, XIV, 33)

Ici, l’invitation est a se départir une fois pour toute de la logique de possession et non pas de s’y maintenir en prétendant lutter contre. Le personnage critique perdu dans un mauvais infini va renforcer son culte narcissique en faisant de «sa» vie un combat contre le monde de la possession afin d’affirmer: « je suis un homme bon, je n’ai plus de pratique aliénée, je tranche tel le Christ », se positionnant a un extrême, il a besoin de son opposé pour exister, pour donner un sens à sa vie. Hors, ici est l’erreur fondamentale de perspective, en dernière instance ce qui produit le mouvement aliénant d’une pratique est son point de départ et non uniquement le contenu de la pratique même. Si mon point de départ est moi «Pierrepauljacques» individu séparé je fais ceci… Alors j’incarne le faux, c’est bien cette fausse impression qui est a l’origine de la production de mon monde comme séparé, c’est elle qui doit bruler dans feu cosmique de la Conscience.

« Quiconque cherchera à sauver sa vie, la perdra, et quiconque l’aura perdue, la sauvera. » (Luc, XVII, 33)

L’invitation à la mort du personnage qui n’est qu’une mort «psychologique». 

La rayonnance du divin ne viendra point d’une manière qui frappe les regards. On ne dira point : Elle est ici, ou elle est là ; car la rayonnance du divin est au milieu de vous. » (Luc, XVII, 20-21)

Dieu n’est pas un élément extérieur. 

Nous sommes tous le Divin, nous pouvons l’expérimenter si nous avons l’audace de le laisser rayonner en nous-même comme nous-même. S’abandonner comme étant le divin, c’est voir au moyen de quoi les yeux ne peuvent pas voir, le Voir de la Conscience qui se reconnaît en toute chose comme elle-même, le Tout Un.

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