Désaliénation de la pratique, pratique de désaliénation
Après une introduction de quelques pages, afin de mettre en perspective la pratique qui sera proposée nous passerons progressivement à la pratique qui permettra le changement de perspective. Dans cet article ne sera pas produite une critique du monde sensé se transmuer en auto-critique au combien abstraite à mettre en œuvre au quotidien. Souvent, nous nous lançons dans une critique du monde pour ne pas avoir a regarder ce qui vit en nous. Nous ne proposerons pas d’éluder définitivement une critique du monde de la séparation mais de mettre les bœuf devant la charrue, de commencer d’abord par mettre en lumière la séparation dans notre monde intérieur. Nous irons directement à la racine de ce qui fonde notre monde ou plutôt notre apparente incapacité à naître au monde. Alors inutile d’aborder cette pratique comme un savoir abstrait, l’invitation est d’expérimenter directement ce qui sera dit en le pratiquant en soi-même. Oserez-vous enfin vous confronter au faux vous-même pour réaliser votre vraie nature ?
La première moitié du cercle est l’aliénation du point initial en tant que l’on naît tous comme être générique en totale potentialité. Enfant nous nous sommes quittés, nous avons quitté l’innocence, l’émerveillement, la complétude d’être à nous-mêmes dans notre corps. Nous avons dû nous construire ce personnage social pour nous protéger, nous conformer à l’ex-ploitation…
Cela a produit des malheurs, meurtrissures et tristesses que nous avons fuis et qui est ce qui a donné de la substance à ce personnage plus ou moins souffreteux. Nous avons accumulé un savoir faux, des explications irrationnelles car extérieures à nous, des mécanismes de réflexion automatiques, une vision mythologique de ce qui nous traverse et de pourquoi cela nous traverse, mythologique de ce que nous sommes. Pour fuir ce mal être nous nous sommes empressés de vouloir comprendre le monde, changer le monde, critiquer le monde, remettre en cause la perception extérieure de notre réalité sans jamais remettre en cause le fondement intérieur de notre réalité.
C’est l’heure du retour à soi, cette deuxième moitié du cercle où l’on arrête d’alimenter ce personnage et où l’on accepte de le laisser mourir. Enfants nous quittons notre vraie nature car pas suffisamment conscient pour comprendre que cet état de pureté, de simplicité et cette innocence était le vrai nous. Mais à un moment nous rentrons dans ce processus de mort à soi, de transformation intérieure, nous lâchons du lest, la personne fond, nous faisons le deuil d’une quantité gigantesque de choses qui correspond à la totalité du personnage que l’on croyait être et que l’on décide de ne plus alimenter. Et nous revenons donc consciemment à cette merveilleuse profondeur, cette innocence sans naïveté. Nous revenons donc à un endroit qu’on n’a jamais quitté mais qu’on a juste eu l’illusion de quitter.
Nous sommes conscients d’être cette merveilleuse simplicité, cette joie profonde, cette paix éternelle, cet amour vibrant, inébranlable. Nous arrêtons de nous auto-harceler pour produire des objectifs extérieurs et poursuivre tout un tas de chimères légué par ce monde de l’avoir. Les communautés primitives, enfance de l’humanité, avaient un rapport de complétude à la vie qu’ils produisaient, ils en avaient une conscience limitée qui ne pouvait résister à l’altercation avec d’autres tribus qui dans un rapport de non conscience à produit une multitude de mythes, d’incompréhensions qui s’est cristallisé dans l’exploitation… De la même manière, les enfants du monde de l’avoir, qui naissent avec cette complétude inachevée, non consciente, sont incapables de préserver, faire grandir cette pureté initiale, ils se restructurent dans des identités chimériques qui va jouer contre eux même, alors nait cette fausse personne sociale. c’est notre néolithique personnel et nous allons ici accomplir le retour à la communion à l’universel pour nous-même.
INTRODUCTION
Quels que soient notre âge et notre degré de savoir, le « je » que nous considérons comme étant nous-mêmes n’est que la parcelle connue d’un immense territoire inexploré.
L’intelligence que nous sommes s’oriente, la plupart du temps, vers nos pensées, nos émotions et le monde extérieur, mais elle se retourne rarement sur elle-même pour découvrir la nature de sa réalité. Obstruée par de nombreux éléments mentaux et émotionnels, cantonnée derrière des fortifications sophistiquées, ce qu’elle contemple d’elle-même n’est que le produit de ses expériences et de sa socialisation, de ses croyances et de ses conditionnements, de son histoire personnelle et des peines qu’elle a accumulées depuis la naissance.
Trop grossière pour percevoir la subtilité de ce qu’elle est réellement, trop émoussée pour goûter à son propre nectar, notre présence (ou l’intelligence que nous sommes) fonctionne néanmoins correctement pour nous permettre de faire face aux aspects utilitaires de notre vie, pour apprécier la beauté d’un paysage ou la caresse d’un être cher. Mais est-ce suffisant ? Cela nous apporte-t-il un contentement profond et durable ? Cela nous met-il en contact avec un amour pur, libre de pensées et d’émotions ? Cela nous libère-t-il de nos souffrances ?
De façon évidente et pour la grande majorité d’entre nous, la réponse est négative. L’intelligence que nous sommes s’avère incapable de nous libérer du malheur et de la condition humaine, d’extraire les accumulations douloureuses qui vivent en nous et de percer vers une réalité plus libre et plus heureuse. Encapsulée dans les pensées, limitée par les émotions, cloisonnée derrière de nombreuses peurs et résistances, elle est piégée dans ses attachements et ses identifications à la personne qu’elle pense être, chevillée au corps de ce « je » solide et substantiel auquel elle se réfère constamment.
En fait, nous passons à côté de nous-mêmes, mais pas de celui qui nous lasse parfois, nous énerve, nous séduit… ou contre lequel nous nous battons. Ni de celui qui gesticule, vagabonde dans ses pensées, habité de nombreuses voix et de désirs contradictoires ; encore moins de celui en quête de devenir et de pouvoir, toujours en mouvement, regardant constamment vers le passé ou l’avenir. Nous passons à côté de notre authentique « nous-mêmes », de la vraie nature que nous sommes… derrière la personne que nous pensons ou croyons être.
Nous ne réalisons pas la nature profonde de notre être. Nous n’en avons qu’une conscience partielle et fragmentée. Nous souffrons d’être séparés de notre totalité, nous pâtissons des amoncellements douloureux qui divisent notre être et dont nous ne savons trop comment nous défaire. Pourtant, certains d’entre nous aspirent à s’extraire de la souffrance et à découvrir leur véritable identité, derrière les jeux et les masques, les rôles et les faux-semblants, derrière le temps qui passe et le corps qui vieillit, derrière le passé et l’avenir. Nombreux sont celles et ceux qui aujourd’hui se sentent appelés et attirés loin des contraintes mentales et émotionnelles de leur petit « moi », vers une réalité indéfinissable et invisible, apparemment inaccessible mais néanmoins perceptible. Cet appel est celui de notre « chez- nous », de l’Être Authentique derrière la personne.
Nous pressentons parfois cette réalité lorsque nous sommes momentanément libres de souffrances et de complications, légers et innocents, fluides et joyeux, sans désir. Nous en avons souvent l’intuition, et en faisons parfois même l’expérience, mais de façon trop fugace pour la réaliser durablement. Les brèves incursions dans notre vérité essentielle attisent néanmoins un désir profond, celui qui concentre tous les autres vers l’union avec l’Être Authentique. Cet ultime désir, déformé de mille façons, est une passion pour l’invisible, un amour pour « quelque chose » que nous ne pouvons ni nommer ni définir mais que nous ressentons au plus profond de notre être. Nous avons l’ennui de notre vraie nature, d’une conscience plus vaste mais qui reste scellée au fond de nous.
Selon les propensions de chacun, cette aspiration se traduit de façons très variées. Pour certains, c’est le désir de mûrir en amour et en intelligence ; pour d’autres, celui de découvrir ce qui reste quand tout s’en va ; à moins que ce ne soit le souhait de se défaire de la souffrance, d’atteindre une complétude intérieure ou d’accéder à sa totalité. Sous ses diverses expressions, cet élan nous incite à nous ouvrir à une autre dimension au-dedans de soi, à soulever chaque pierre et à « creuser » en nous ou dans ce que nous pensons et ressentons comme étant « nous-mêmes », jusque dans nos fondations et même au-delà.
Selon notre niveau de conscience et de maturité, cette aspiration prend force de nécessité, croît en intensité et se transforme en un impératif intérieur propre à nous propulser dans des quêtes dont nous ne savons préciser l’objet. La quête du bonheur, de l’éveil ou de la liberté (mue par nos insatisfactions et nos frustrations) se substitue parfois aux quêtes matérielles et sociales, focalise nos ambitions personnelles et spirituelles sur un devenir plus glorieux mais combien hypothétique ! Sous le prétexte de découvrir le sens caché de notre existence ou de nous forger un bonheur sur mesure, nos quêtes sont trop souvent récupérées par nos ambitions personnelles, alimentant ainsi la source du problème plutôt que d’en éliminer les racines.
Descendre au-dedans de nous-mêmes se révèle être l’aventure la plus extraordinaire que nous puissions entreprendre, mais elle n’est pas facile. Semée de pièges, d’impasses et d’embûches, elle sert souvent les intérêts de la personne que nous pensons être, au détriment de notre vraie nature.
Nous sommes tous engagés dans ce travail, plus ou moins consciemment, mais souvent de façon très insuffisante pour nous libérer de la formidable force d’opposition qui contrarie nos aspirations les plus profondes. La démarche est ardue, car il ne s’agit pas de construire un bonheur par-dessus nos complications et nos accumulations, mais bien de démanteler ces dernières et de les dissoudre pour permettre à notre plénitude de se déployer.
Nous rapprocher de l’Être Authentique ne consiste pas à développer ou à enjoliver la personne que nous pensons être, ni à vivre dans une version épurée de celle-ci, mais bien à la démanteler et à nous en détacher ; un processus redouté, remis à plus tard, ignoré ou dénigré, car il menace les fondements mêmes de notre sens d’identité.
Nous sommes constamment tiraillés entre deux forces contraires : l’appel de l’Être Authentique nous incitant à nous tourner vers l’intérieur, au cœur d’une profondeur vivante ; et celui de notre personne, tournée vers le monde extérieur, avide d’expériences et d’excitation. En pressentant en nous une autre réalité que celle des pensées et des émotions, nous témoignons de notre capacité à entrer dans l’aventure intérieure et à entreprendre le « Travail ». Nous en distraire revient à nous détourner de notre être véritable, et cela se paie finalement très cher.
Que l’on s’oppose à cette aspiration en l’ignorant ou en la réprimant, ou que l’on s’offre à elle en coopérant avec son mouvement, elle demeure en nous, prête à nous soutenir dans l’exploration de notre potentiel et ä œuvrer pour nous faire évoluer vers une destinée qui nous échappe.
L’être humain est une potentialité, une graine pleine de la connaissance infinie de son propre mystère qui ne demande qu’à se déployer pour nous libérer de notre ignorance. Beaucoup vivent et meurent sans l’avoir fait germer, sans avoir approché la possibilité de réaliser leur vraie nature, car la démarche n’est pas le produit d’une évolution involontaire, mais celui d’une participation active et consciente.
L’homme et la femme sont à la croisée des chemins. Avec eux s’arrête l’évolution inconsciente, celle qui les a placés, à travers les mutations incessantes du règne minéral, végétal et animal, dans le corps et la position qu’ils occupent aujourd’hui. En acquérant la conscience d’eux-mêmes et la capacité de réfléchir, ils ont ouvert la voie à un changement fondamental, le point de départ d’une évolution différente, consciente cette fois-ci.
À mi-chemin entre l’animal et une plus haute destinée, l’homme et la femme souffrent de ne pouvoir retourner en arrière, dans l’inconscience d’eux-mêmes. Ils souffrent également de devoir avancer à tâtons dans l’obscurité vers plus de conscience et d’intelligence, car rien n’est jamais aussi clair qu’ils le souhaiteraient dans ce domaine. Comme ils le démontrent parfois à travers les atrocités qu’ils commettent, ils peuvent tomber plus bas que l’animal ou, au contraire, s’élever au-dessus de leur condition humaine en réalisant consciemment leurs potentialités les plus élevées.
Nous ne pouvons pas attendre que d’autres entreprennent ce voyage évolutif pour nous, mais il est possible de profiter de l’expérience et de la sagesse de celles et ceux qui s’y sont engagés pour nous guider et nous aider dans notre propre cheminement d’esprit. De sérieuses et sincères motivations sont nécessaires pour entreprendre cette aventure, car elle n’est pas accessible au premier venu. Il ne s’agit pas d’étudier la philosophie ou l’histoire des religions ni d’entrer en thérapie, mais bien de dénouer l’écheveau de nos peines, de nos croyances et de nos conditionnements afin de dissoudre l’illusion d’un « je » façonné de toutes pièces.
Ce désir, ardent chez certains, discret chez d’autres, est l’expression du mouvement qui nous pousse à entrer dans notre propre mystère pour y découvrir l’Être Authentique. C’est un virage à 180 degrés qui met un terme à la quête d’un devenir et d’un contentement que nous recherchons habituellement à l’extérieur de nous-mêmes mais que nous ne parvenons jamais à capter durablement. Cet ultime désir ne se commande pas, il s’impose à nous lorsque nous sommes prêts à entreprendre ce formidable voyage vers notre Source. Ceux qui le ressentent ne peuvent plus l’ignorer. Il devient leur calvaire et leur bénédiction, le début d’une transformation d’envergure qui ne s’achèvera qu’avec la réalisation de leur vraie nature.
***Expérimenter directement ce qui est dit en le pratiquant***
Focalisez votre attention sur votre présence, sans aucun effort intellectuel, en prenant conscience de votre existence, du simple fait d’être. Faites appel à votre perception et à votre ressenti et observez combien de temps vous pouvez « être » cette présence sans être happés par le dialogue intérieur, sans juger, analyser, lutter ou interpréter.
Êtes-vous pleinement conscients d’être conscients ?
Si vous n’y parvenez pas, si cela vous demande trop d’efforts ou si l’exercice vous semble dénué d’intérêt, cela signifie que la perception que vous avez de votre propre présence, de ce que vous êtes, se limite pour l’instant à la périphérie de vous- mêmes, à la personne que vous pensez étre. Être présent, ici et maintenant, n’a probablement pas pour vous plus d’intérêt que de lacer vos chaussures ou de vous brosser les dents, à moins que le fait d’« être » vous intrigue et que vous souhaitiez explorer plus à fond ce mystère.
Ce que nous pensons ou croyons être est le fruit de notre socialisation, une accumulation de conditionnements, de croyances, de pensées, d’émotions, de peines et de résistances qui donnent la sensation d’un «je » solide et substantiel auquel nous nous référons constamment et que nous appellerons ici « la personne ».
De nombreux « réglages » émotionnels et énergétiques sont souvent nécessaires avant de s’aventurer dans notre infinitude, car ce n’est que dans un esprit sain que la conscience peut se développer.
En affirmant que nous avons besoin d’aimer et d’étre aimés, nous disons en vérité que nous avons besoin d’être nous- mêmes. L’amour véritable est ce que nous sommes. Le désir de revenir à notre vraie nature est l’authentique désir. Au lieu
LA VRAIE NATURE
La vraie nature, l’essence ou l’Être Authentique, est :
— une expression qui désigne le fait d’être pleinement nous- mêmes, libres des agrégats émotionnels et mentaux auxquels nous sommes attachés.
— ce qui reste quand tout s’en va ; lorsque nos désirs, nos espoirs, nos attentes, nos croyances et nos investissements s’écroulent, emportant dans leur chute la sensation du «je » à travers lequel nous nous définissions ;
— un état intemporel qui efface tout sentiment de séparation ;
— une présence vivante, silencieuse et intelligente ;
— la réalité qui sous-tend chaque acte, chaque pensée et
chaque émotion ;
— la conscience qui subsiste dans le sommeil sans rêves ;
— un « rien » indéfinissable mais accessible en tant que
connaissance intime et perception ;
— la conscience ininterrompue d’être cette présence inaltérable.
LA MASSE ÉMOTIONNELLE
La masse émotionnelle est faite de toutes les peines et frustrations accumulées en nous depuis notre naissance. Elle forme la partie substantielle de la personne que nous pensons être.
L’amour, la joie, l’innocence, le plaisir d’être et le contentement ne sont pas des émotions, mais des qualités ou émanations de notre vraie nature. La présence de la masse émotionnelle nous empêche d’y accéder.
La masse émotionnelle se nourrit d’émotions dites « positives » (comme par exemple l’excitation sexuelle, l’ambition, la compétition ou la sensation d’être quelqu’un) tout comme d’émotions négatives (telles que la haine, la colère, la tristesse, la jalousie ou le ressentiment).
En recherchant les émotions « positives », nous alimentons du même coup les émotions négatives, et nourrissons d’autant la masse émotionnelle de notre énergie.
En allant dans le sens de nos émotions, ou en les réprimant, nous entretenons les peines dissimulées dans notre subconscient.
Pour nous défaire de la souffrance et réaliser notre vraie nature, nous devons dissoudre une très grande partie de la masse émotionnelle. Nous verrons plus loin comment nous y prendre.
LA PERSONNE
La personne, ou « soi émotionnel », est une construction de toutes pièces, le fruit de notre socialisation. Elle est constituée d’émotions (agglomérées dans la masse émotionnelle) et d’un «contenu» mental fait de concepts, de préjugés, d’interprétations, de croyances et de conditionnements. La personne est l’entité à laquelle nous nous référons quand nous disons «je ».
En nous identifiant et en nous attachant à elle, nous souffrons de vivre en tant qu’individus séparés et isolés, coupés de notre Source, affligés d’un sentiment d’incomplétude, poussés à rechercher constamment à l’extérieur ce qui nous manque à l’intérieur.
La personne que nous pensons être nous bloque l’accès à la plénitude de notre vraie nature. Elle endigue une rivière sauvage et puissante entre les murs bétonnés et hermétiques de ses défenses, nous poussant à vivre comme des réfugiés dans une enclave de notre être.
Nous sommes prisonniers de la personne et sous le joug de sa tyrannie. Il faut avoir suffisamment vécu et souffert pour s’en rendre compte et pour permettre à l’aspiration de notre vraie nature de se manifester.
Le but n’est pas de détruire la personne, mais de la « réduire » suffisamment pour l’aligner sur notre vraie nature. La démarche consiste à la vider de ses contenus encombrants et douloureux et à briser les filaments invisibles qui nous relient à elle. L’intelligence que nous sommes peut alors se dégager de son emprise et prendre conscience de sa nature.
Nous touchons parfois à la réalité de notre vraie nature le matin, au réveil, lorsque le bavardage intérieur ne s’est pas encore mis en route, ou durant la journée, lorsque nous sommes temporairement épargnés de la tyrannie des pensées et des émotions. L’espace de quelques secondes, nous nous retrouvons là, présents, sans désir, silencieux et conscients, baignant tout naturellement dans la simplicité et l’innocence de notre vraie nature. Mais très vite, le soi émotionnel et le « mental-robot » reprennent le dessus et se placent sur le devant de la scène, occultant l’infinie subtilité de l’Être.
Lorsque les contraintes de la personne se font moins pesantes, il nous arrive parfois de goûter au nectar de l’Être. Dans ces instants trop courts, il est fréquent de ressentir un contentement profond sans qu’un élément extérieur n’en soit la cause ou d’éprouver un amour sans objet. Nous sommes alors émerveillés par la vie, en harmonie avec ce qui est bon, juste et vrai en nous-mêmes et emplis de gratitude à l’égard de l’Intelligence Supérieure. Malheureusement, l’emprise du soi émotionnel se réaffirme rapidement et nous ramène à nos anciennes frontières, referme la fenêtre que l’on aurait souhaité garder indéfiniment ouverte, impuissants à retenir cet essentiel qui nous glisse entre les doigts.
La personne EST ce que nous sommes tant que nous nous identifions à elle. C’est un « blocage », ou un parasite, qui survit au détriment de notre réalité essentielle.
La personne est cette entité en nous qui veut bien changer, mais à condition que tout reste comme avant ! Elle est cette partie de nous qui refuse de lâcher prise et de s’abandonner à plus grand qu’elle.
GENÈSE DE LA PERSONNE
La personne s’est construite autour d’un noyau de peine constitué des souffrances héritées de nos parents et des générations précédentes ; un « corps de douleur » engrossé ensuite par nos propres peines et auquel l’intelligence que nous sommes s’est progressivement attachée et identifiée.
En nous coulant dans ce moule, nous nous sommes éloignés de notre présence essentielle, devenant le soi émotionnel compliqué et matérialiste, intellectuel et émotif auquel nous nous référons en disant «je ».
Ce que nous considérons à tort comme étant notre vraie nature n’est en fait qu’une « seconde nature ».
Les événements que nous avons effacés de notre mémoire sont précisément ceux dont nous souffrons le plus. À nos yeux d’adultes, ils peuvent apparaître insignifiants, mais c’est uniquement parce que la structure depuis laquelle ils sont perçus (la personne) est dénuée de la sensibilité et de l’intelligence nécessaires pour en mesurer l’ampleur.
L’oubli de notre vraie nature et l’inconscience de nous- mêmes se sont cristallisés très tôt dans notre vie pour devenir la personne que nous pensons être ; une illusion très convaincante mais loin d’être infaillible, car elle n’est qu’une parenthèse incarnée dans le temps et l’espace. Notre histoire personnelle est l’histoire de notre fausse identité, car rien « n’arrive » jamais à la vraie nature que nous sommes réellement. Seule l’ignorance se réincarne ; la Vie que nous sommes échappe à la naissance et à la mort.
L’EGO
L’ego est l’instinct de survie, le mécanisme de protection de l’organisme. Nous l’avons détourné de son but premier en l’utilisant pour protéger nos peines et nos peurs et, par extension, le soi émotionnel. L’ego se manifeste par le biais de notre volonté personnelle, à travers les stratégies de fuite et de lutte, toutes deux menant inévitablement à la souffrance.
La plus grande partie de notre énergie est mobilisée pour entretenir la personne et la protéger de toute menace susceptible de l’exposer et de la démanteler. La personne se sert de l’ego pour manipuler l’amour, protéger son image, ses secrets, sa misère, son malheur et ses intérêts égoïstes.
Le « passage » à travers lequel nous percevons l’amour, la joie, l’innocence et le contentement est le même que celui à travers lequel nous percevons nos peurs et nos peines. En luttant, en nous cachant et en nous contractant afin d’éviter certaines sensations, nous nous coupons également de ce qui est bon, juste et vrai en nous. Dès que nous nous ouvrons à la vie et à l’amour, nous nous ouvrons également à tout ce que nous avons enfoui en nous-mêmes ; l’un ne va pas sans l’autre.
Les conflits inachevés, les peines non examinées, les deuils non accomplis provoquent des symptômes physiques souvent inexplicables et attirent dans notre vie les personnes et les circonstances nous permettant de les identifier, de nous en détacher et de libérer la charge émotionnelle qui leur est associée.
LE PROCESSUS
S’engager dans le processus de transformation intérieure ne devient possible qu’après être allés au bout de toutes nos quêtes et de toutes nos démarches idéologiques. Il faut avoir épuisé l’énergie de nos recherches vers l’extérieur pour enfin nous tourner vers l’intérieur.
Chercher le bonheur ou vouloir le construire à partir de la personne constitue l’erreur fondamentale. Comment pourrions-nous en effet accéder à l’essence libre et joyeuse de notre vraie nature à partir de l’obstacle qui nous en sépare ? Nous ne pouvons pas trouver le bonheur, nous ne pouvons que nous défaire du malheur qui nous sépare de la vie aimante, consciente et intelligente que nous sommes.
Le processus joue le rôle d’une station d’épuration des eaux. Il ne crée pas l’eau, mais il la purifie de ses éléments polluants et la rend suffisamment transparente pour que nous cessions de nous identifier à eux… afin de nous reconnaître dans la pureté de l’eau elle-même.
Le processus engage le meilleur de nous-mêmes et se veut avant tout pragmatique. Nous devons aborder nos difficultés intérieures et démanteler la personne que nous croyons être avec le même bon sens et le même esprit pratique que ceux qui nous permettent de fonctionner dans le monde et d’accomplir nos tâches quotidiennes.
La vérité de l’être est rare, et elle est exigeante. Il est bien plus ardu de lutter pour élargir notre conscience que de nous laisser aller à imaginer que des « êtres de lumière » où des temps meilleurs viendront un jour à nous pour nous délivrer rapidement et sans efforts de notre condition humaine. Sommes- nous prêts à attendre et à prendre le pari sur notre vie que la race humaine évoluera naturellement vers une conscience supérieure, sans prendre la responsabilité du malheur qui vit en nous ?
L’HONNÊTETÉ
Être honnête ou sincère, c’est dire la vérité et reconnaître les faits. Dire la vérité ne se résume pas à ne pas mentir, mais implique d’être en contact à chaque instant avec ce que nous ressentons et percevons en nous-mêmes.
Être sincère avec soi-même est un exercice difficile, car il nous engage à devenir plus conscients de ce qui vit en nous, sans chercher à esquiver quoi que ce soit.
La malhonnêteté est l’expression de l’ego lorsqu’il protège l’accumulation de nos peines et de notre malheur. Nous sommes malhonnêtes pour éviter le contact avec ce qui est effrayant et douloureux en nous-mêmes, pour défendre nos intérêts et notre amour-propre, pour préserver l’image que nous avons de nous-mêmes et celle que nous voulons donner aux autres.
Le simple fait d’être honnête et de dire la vérité est déjà un pas important dans l’acceptation de ce qui vit en nous.Être honnête, c’est être soi-même, et cela demande du courage. Mais si, par peur de perdre ce que nous avons, nous trahissons cette part de nous qui croît en conscience, nous tournons alors le dos à notre propre mouvement évolutif. L’honnêteté ne paie pas toujours à court terme, mais nous grandit à moyen ou long terme. Dire la vérité renforce, mentir affaiblit. La défaite de notre ego est la victoire de notre vérité.
La sincérité, c’est pouvoir démasquer à chaque instant notre vieille stupidité.
LA SENSATION CORPORELLE
Aller à l’intérieur
« Aller à l’intérieur », « entrer en soi » ou « explorer son intériorité » sont autant d’expressions qui désignent un mouvement vers un champ d’exploration très différent de celui que nous connaissons habituellement.
Se tourner vers notre vie intérieure, c’est nous aventurer dans un domaine obscur et privé au sein duquel personne, excepté nous, ne peut pénétrer.
Cette dimension est à l’image de l’univers extérieur dans lequel gravitent les planètes et les étoiles, à la différence qu’en elle évoluent de nombreux éléments de nature psychique tels que les pensées, les émotions et les sensations. Tandis que nous appréhendons l’existence à travers les cinq sens, notre vie intérieure est perçue ou sondée grâce au ressenti et à la perception directe.
Pour « entrer en nous-mêmes » et dans ce qui semble d’abord une pure subjectivité, nous devons impérativement concentrer notre attention sur le corps physique. Il est la porte et le passage incontournable des sensations, des plus grossières aux plus subtiles. Tout ce que nous aimons prend naissance dans le corps et passe à travers lui, du plaisir le plus anodin jusqu’à la manifestation de notre vraie nature. Le corps physique ne se réduit pas à notre forme et à notre apparence, ou aux organes internes visualisés à travers les planches anatomiques, il est le lieu où ce que nous pensons et ressentons se manifeste dans notre perception. Il est l’enveloppe physique d’une réalité psychique et énergétique appelée la psyché. Nous y « entrons » lorsque nous fermons les yeux. C’est là que se trouve notre vie intérieure, l’espace au sein duquel évoluent les sensations et les pensées.
Entrer en soi ou dans la psyché n’a rien à voir avec le fait d’imaginer, de penser ou d’observer les couleurs et autres points lumineux derrière les paupières : c’est l’acte de ressentir ce qui se passe dans le corps à chaque instant. Ressentir est la capacité d’éprouver la palette des sensations, émotions et sentiments qui évoluent dans le champ de notre perception. Penser n’est ni sentir ni percevoir, car lorsque nous sommes dans nos pensées, nous avons déjà quitté le ressenti et sommes « coupés », dans une certaine mesure, du corps et des sensations.
Pour la plupart d’entre nous, maintenir l’attention sur le ressenti requiert une certaine forme d’effort, car celle-ci a été conditionnée à s’orienter presque exclusivement vers le mental et le monde extérieur. En étant la plupart du temps tournée vers les pensées, l’attention tend à se focaliser sur une partie infime de notre psyché et nous conduit à vivre à la périphérie de nous- mêmes.
Un moyen facile et agréable d’entrer dans notre vie intérieure consiste à concentrer notre attention sur le corps, et plus précisément sur ce que nous appellerons ici « la sensation corporelle ». C’est à cet « endroit » que commence véritablement notre investigation.
La sensation corporelle est perçue comme une douce chaleur et un léger picotement. Elle est l’agréable plaisir qui prévaut lorsque nous nous détendons ; une sensation constituée de milliers d’électrons gravitant à très haute vitesse, créant une charge énergétique subtile, tiède et bienfaisance appelée « bien- être ». Chaque fois que nous ressentons ce plaisir, nous sommes en contact avec la sensation corporelle.
Cette sensation forme la base du corps physique et son fondement énergétique. Pour autant que nous n’en soyons pas coupés, il est possible de la percevoir à chaque instant dans le corps tout entier. De nombreuses techniques de relaxation font référence à cette sensation accessible tout au long de notre vie, et nous y conduisent en nous incitant à détendre chaque partie de notre corps pour nous laisser progressivement envelopper par elle. Puisqu’elle est toujours présente, nous avons généralement tendance à la considérer comme acquise et la négligeons souvent au profit de notre bavardage intérieur. Dissociés de notre corps, perdus dans nos pensées, tendus ou contractés, cette sensation nous échappe et apparaît alors inexistante. Certains ne la perçoivent que ponctuellement et uniquement dans certaines zones, pour autant qu’ils soient invités à en prendre conscience. D’autres font de cette délicieuse et subtile sensation une alliée pour affronter les contraintes du monde, une sorte d’enveloppe protectrice intime et nourrissante.
La technique ***Expérimenter directement ce qui est dit en le pratiquant***
La sensation corporelle est une sensation pure, libre de pensées et d’émotions.
Pour renouer avec elle, il est recommandé de nous installer confortablement, les yeux fermés, afin de contenir au mieux la tentation de nous laisser capter par les sollicitations du monde extérieur, particulièrement au niveau visuel. Couchés, nous risquons de nous endormir, car le cerveau tend à interpréter cette position comme le signal d’un endormissement imminent.
Il n’est pas nécessaire de visualiser chaque élément de notre anatomie, et encore moins nos organes internes, mais de concentrer simplement notre attention sur la partie invisible, ou « intérieure », de nos membres, là où une légère sensation de chaleur ou de picotement peut être perçue. Celle-ci peut apparaître dans les mains, dans les cuisses ou dans toute autre partie du corps, mais c’est souvent dans celles que nous avons l’habitude d’utiliser au quotidien qu’elle se manifeste le plus facilement.
Une fois cette sensation identifiée, il est essentiel de ne rien forcer et de maintenir notre attention sur elle jusqu’à ce qu’elle s’étende et grandisse dans notre perception. Parfois, quelques secondes suffisent. D’autres fois, il nous faut rester présents de façon prolongée pour qu’elle se manifeste dans d’autres parties du corps.
Nourrie de l’attention que nous lui portons, la sensation corporelle s’éveille et prend vie, puis se répand progressivement de son point d’origine au corps tout entier, pour autant bien sùr que les tensions et les résistances n’entravent pas sa perception. L’attention focalisée sur les différents endroits du corps crée un trait d’union reliant la sensation corporelle à notre conscience jusqu’à ce que nous la percevions de manière globale.
Lorsque nous nous détendons et nous laissons pénétrer par la fluidité de cette douce chaleur, le corps devient rapidement une sorte d’œuf de bien-être sur lequel il est possible, avec la pratique, de garder notre attention focalisée à chaque instant de la journée. Une fois bien « immergés » dans cette sensation, nous pouvons ouvrir les yeux tout en maintenant le contact avec elle.
Au début de notre pratique, nous nous contentons de maintenir notre attention sur elle en restant assis, les yeux fermés, jusqu’à ce que nous soyons capables de la percevoir de façon globale et simultanée dans notre corps tout entier. En nous laissant « envelopper » dans cette douce chaleur, nous nous sentons progressivement immergés dans un bain de douceur très agréable. Puis, au fur et à mesure que croît notre capacité à ressentir continuellement la sensation corporelle, nous prolongerons cette activité tout en nous promenant, en conduisant, en voyageant, ou en regardant la télévision.
L’attention possède la qualité extraordinaire de pouvoir simultanément être orientée vers l’intérieur (dans le corps) et vers l’extérieur (dans l’existence). Avec un peu d’entraînement, il devient non seulement possible de percevoir la sensation corporelle en ayant les yeux fermés, mais également en étant engagés dans nos occupations. Naturellement, plus ces dernières nous absorbent et plus il est facile de perdre le contact. Le secret réside dans l’attention qu’on porte à la sensation corporelle.
Les bienfaits
Maintenir le contact avec la sensation corporelle donne accès à une vibration des plus agréables, mais produit également des bénéfices importants et indispensables pour la poursuite de notre démarche. Cette façon d’entrer dans le corps nous ancre à « l’intérieur » et nous aligne dans l’instant présent. Elle nous met en phase avec notre rythme naturel et à l’écoute de nos besoins. Mais cette technique permet surtout de faire fonctionner notre intelligence plus rapidement, tout comme une fusée accroît sa vélocité pour s’extraire de l’attraction terrestre. Chaque élargissement de notre lucidité conduit à mieux voir la personne et l’ego pour ce qu’ils sont et à nous en détacher.
L’attention consciente rivée sur la sensation corporelle brise progressivement l’identification avec les pensées et les émotions. Cette position d’observateur est bien différente de celle que nous adoptons quand nous nous confinons au nid d’aigle du mental. En restant enracinés dans notre ressenti, nous sommes au cœur des événements intérieurs, en contact avec ce que nous éprouvons tout en bénéficiant du recul nécessaire pour ne pas nous « perdre » dans ce qui se présente à nous. Depuis ce lieu, nous pouvons accueillir nos couches de peine, observer nos schémas répétitifs, décoder nos inconforts, les apprivoiser et faire notre percée dans la dimension plus vaste de notre vraie nature.
La sensation corporelle nous sert également d’ancrage dans le corps et nous évite de trop vagabonder dans le mental. Aller à l’intérieur devient dès lors plus facile, car en nous focalisant sur la sensation, nous empruntons le passage invisible de la psyché, là où demeurent tous les engorgements énergétiques que nous devons dissoudre. Cette pratique ou méditation ne se limite ainsi plus à un moment ou à un lieu privilégié, mais s’étend à toutes nos activités quotidiennes à travers l’attention que nous gardons focalisée sur le corps. Il ne s’agit plus de rechercher un « état » particulier, mais d’entrer dans la réalité énergétique du corps et d’en accepter tous les contenus pour toucher à quelque chose de plus véridique.
Que l’on soit grippé avec de la fièvre, de bonne ou de mauvaise humeur, la sensation corporelle est toujours présente derrière les pensées et les émotions. Elle permet à l’inconfort et au bien-être de coexister sans s’opposer l’un à l’autre. Nous pouvons être malades et simultanément ressentir et apprécier le bien-être derrière les symptômes désagréables ; une apparente contradiction qui nous permet d’aller relativement « bien » en dépit des circonstances défavorables, tandis que d’autres, coupés de leur sensation corporelle, vont mal même lorsque tout va bien.
Quelles que soient les circonstances, la sensation corporelle est toujours présente et accessible. Elle est une base qui ne nous préserve de rien mais qui nous permet de faire face à tout ce qui émerge avec plus de présence, d’ancrage et d’intelligence. Dans un environnement fébrile (ou face à notre propre agitation intérieure), son contact nous maintient fermement alignés dans le corps, solidement « installés » dans nos « souliers ».
Nous maintenir dans cette sensation procure un antidote au stress et nous permet de rester ici et maintenant, car le corps ne peut fonctionner ni ètre ailleurs que dans l’instant présent. Quand nous évoluons en conservant le millimètre de conscience et de vigilance nécessaires à notre prise de recul, il devient possible de réveiller les couches profondes de notre étre, là où nous devinons notre vraie valeur.
En fermant les yeux, nous entrons dans l’univers de la psyché et de notre subjectivité, dans l’espace intérieur de notre corps physique. C’est le « rien » dans lequel émergent et évoluent les pensées, les émotions et les sensations.
Ce que nous percevons de la psyché est généralement limité au cône d’une pyramide dont le sommet est constitué par les pensées et l’esprit rationnel. Grâce au ressenti et à l’attention consciente, nous pouvons descendre dans ce cône et entrer littéralement dans la réalité énergétique du corps physique qui s’étend à des profondeurs infinies.
« Entrer en nous-mêmes », c’est orienter notre attention vers les sensations de notre vie intérieure, et plus particulièrement vers notre sensation corporelle. À un stade plus avancé, c’est être conscients à chaque instant de la Vie que nous sommes.
Si nous voulons nous défaire du malheur, nous devons apprendre à faire l’expérience directe de ce qui se manifeste en nous. Encapsulés dans le mental, protégés de toutes parts, nous ne nous donnons que rarement l’occasion de faire l’expérience directe de nos sensations. Lorsque ces dernières semblent peu accueillantes, notre attention, détournée par l’ego, se retire du corps physique pour se placer dans le mental. Nous nous employons alors à surmonter la difficulté qui se présente en y réfléchissant, comme on règle un problème d’organisation de travail.
Si ces stratégies fonctionnent relativement bien dans notre vie pratique et professionnelle, elles échouent lamentablement en ce qui concerne notre vie intérieure. Les sensations douloureuses ne disparaissent pas. Elles s’enfoncent plus profondément dans le subconscient, provoquant plus tard des maux physiques et des troubles psychiques que nous ne parvenons plus à relier avec les événements énergétiques qui les ont provoqués. Le lien de cause à effet s’estompe puis disparaît dans l’oubli, à tel point qu’il nous est presque impossible de mettre en rapport la douleur et le malheur de notre vie présente avec la substance émotionnelle du passé qui vit en nous.
La sensation corporelle, ou sensation pure, est la douce chaleur, le picotement subtil et la vibration de bien-être perçus dans le corps physique lorsque nous sommes ouverts et détendus. Elle est la porte d’entrée intérieure du corps physique, le fondement énergétique à partir duquel nous pouvons « descendre » en nous-mêmes, dans la psyché.
Maintenir le contact avec cette sensation dissout la fixation et l’attachement à l’ego et constitue une excellente pratique pour rester connectés et ancrés dans notre corps physique tout au long de la journée. En développant notre capacité à porter simultanément notre attention sur l’extérieur et sur notre ressenti, nous permettons à différentes sensations de coexister sans nous perdre dans le mental et les émotions.
L’énergie suit toujours l’attention. Lorsque cette dernière est dirigée vers nos pensées, le bavardage intérieur s’intensifie. Quand nous la focalisons sur la sensation corporelle, nous la faisons grandir en substance et en réalité, la rendant plus accessible.
Être en contact avec la sensation corporelle développe notre intelligence innée. Plus nous sommes intelligents, plus il nous est possible de voir clairement ce qui œuvre en nous et de déjouer les réflexes de défense conditionnés de l’ego.
LES PHASES DU PROCESSUS
Épurer sa perception est une opération quasiment chirurgicale qui consiste à faire l’ablation de la personne, car ce n’est qu’en éliminant ce qui est faux, transitoire et mortel que nous pouvons découvrir ce qui est vrai, réel et immortel. Pour la majorité d’entre nous, il s’agit là d’une longue démarche, car dissoudre ce qui nous semble être au cœur de notre intimité devient très vite insupportable, tant notre degré d’identification et d’attachement au corps, aux pensées et aux émotions est profond.
Le processus de transformation intérieure n’est pas un simple changement de la personne que nous pensons être, mais un démantèlement du cocon du «je » à travers lequel nous nous définissons et nous percevons.
La démarche nous engage dans une pratique qui consiste à cesser toute lutte envers nous-mêmes afin que ce qui est enfoui puisse remonter à la surface pour être consciemment traversé, assumé et dissous. Ce travail libère un feu intérieur qui érode et porte à notre attention les éléments retenus dans le subconscient. Une fois ce mouvement engagé, notre tâche consiste à accompagner au mieux le processus avec le moins d’interférences possibles. Il nous emporte là où notre raison et nos émotions ne peuvent nous conduire.
L’aventure intérieure est un défi vivant nous plongeant dans quelque chose de mystérieux, une démarche naturelle permettant de briser l’unité de la personne sans pour autant perdre les pédales. De nombreuses années sont nécessaires pour libérer nos peines et surmonter nos peurs.
Il est impossible de comprendre ce que l’on traverse au cours du processus de transformation intérieure. Cela ne relève pas du mental. Il faut trouver le doigté, les ajustements, le dosage approprié, l’art et la manière pour accueillir et accompagner l’énergie de la vraie nature qui nous pénètre et dissout progressivement notre fausse identité. Tout est à recommencer au fur et à mesure de l’expansion de l’énergie et des paliers successifs qui se présentent. On ne peut s’établir nulle part. Statuer se révèle douloureux, car le flux de vie emporte ce qui doit être retiré de nous-mêmes ; toute résistance s’avère finalement inutile.
Résumé
Phase 1 : prendre conscience des mécanismes de l’ego et les déjouer pour accueillir nos contenus douloureux, les traverser et les dissoudre.
Phase 2 : entrer dans le vide de nous-mêmes, dans cette absence de terrain solide, en cessant de nous agripper à ce que nous pensons être et en cessant de lutter pour reconquérir le concept de celui ou celle que nous sommes. Permettre au « feu intérieur » de nous vider et de nous purifier.
Phase 3 : la silencieuse corrosion de la personne expose les couches de malheur les plus anciennes jusqu’au noyau de peine, la base sur laquelle la personne s’est construite. Ce cap franchi, la personne est suffisamment dissoute et démantelée pour nous permettre d’entrer dans la quatrième phase.
Phase 4 : la plus intense et la plus ardue, cette étape extrait notre volonté personnelle et fait éclater la bulle de réalité que nous avions considérée comme sûre et certaine. Nous perdons notre « vie » telle que nous la connaissons pour devenir la Vie.
CESSER LA LUTTE
Il ne s’agit pas de nous mettre en quête de nos vieilles peines, de remuer le passé, de nous brusquer ou de susciter l’émotion, mais simplement d’accepter ce qui émerge en nous à chaque instant. Si nous voulons nous défaire de nos accumulations douloureuses, il faut rester dans cette attitude d’ouverture à soi et attendre le moment le plus approprié… et si nous ne cédons pas au désir de fuir, de nous cacher ou de lutter, elles remonteront à la surface de notre perception naturellement et en temps opportun.
Fuir ou réprimer ce qui est en nous équivaut à lutter contre nous-mêmes. Cette lutte prend des formes très variées, des plus subtiles aux plus virulentes. Elle nous pousse généralement à nous dissocier de notre corps et à nous couper du ressenti, à nous contracter et à nous replier sur nous- mêmes, à réagir avec virulence et à nous réfugier dans le mental, à argumenter ou à manipuler, à nous affairer et à nous divertir. Toute forme de lutte est l’expression de l’ego.
Cesser de lutter et accepter avec bienveillance et à chaque instant ce qui est en nous, et ce qui émerge en nous, est le moyen le plus direct et le plus rapide pour dénouer l’écheveau du soi émotionnel. Cette attitude, ou « pratique », sollicite notre intelligence innée et notre présence attentive et permet de résister aux sollicitations de l’ego et de la personne, toujours sur le qui-vive et prêts à puiser dans leurs ressources pour nous divertir de cette noble tâche.
Lutter contre nos résistances est une bataille perdue d’avance. Il faut les reconnaître et les accepter plutôt que de nous juger ou nous culpabiliser du fait qu’elles existent. Dire « oui » à nos « nou », coopérer consciemment avec nos rébellions et les apprivoiser permet de les dépasser et ouvre la voie au lâcher prise et à l’acceptation.
Devenir plus intelligents, c’est rester en contact avec la sensation corporelle, être conscients de ce qui vit en nous, ne pas lutter contre les émotions ni nous complaire en elles, être honnêtes envers nous-mêmes et à l’égard de ceux que nous aimons, manifester l’amour que nous ressentons, éviter de perdre inutilement notre énergie dans des activités et des bavardages inutiles, nous détacher progressivement du soi émotionnel, traquer nos routines en les soumettant sans pitié à un examen minutieux et systématique, ne plus rechercher l’excitation comme palliatif à nos douleurs, communiquer et exprimer ce que nous ressentons, accepter ce qui est en nous et ce qui émerge en nous avec tendresse.
Dans le voyage intérieur, affronter nos premières peurs est toujours lié au fait de retirer les verrous sur les portes que nous avons refermées sur nous-mêmes et de faire face aux couches de peine. Nous en approcher réveille à coup sûr les peurs les plus vives et les réflexes de défense les plus tenaces, mais une fois ce cap franchi, une fois les démons démasqués, nous pouvons enfin accueillir nos « enfants » répudiés à bras ouverts.
L’ego, entre les mains de la personne, est une entité monstrueuse, car elle ne sait rien de la Vie que nous sommes. Mettant tout en œuvre pour survivre et protéger nos peines, elle fait payer un lourd tribut à ce que nous avons d’essentiel, gâche l’harmonie, piétine l’amour et détruit nos relations les plus chères si cela sert ses intérêts, car elle ne connaît d’autre réalité que la sienne. Lorsque nous réalisons avec effroi et anxiété les erreurs commises en son nom, il est souvent trop tard. Nous ne pouvons alors que constater les dégâts en regrettant le mal que nous avons fait sans le vouloir, comme si nous avions été possédés par une force intérieure dans laquelle nous ne nous reconnaissons pas.
Pour nous préserver de nos meurtrissures, du manque d’amour et de notre solitude, nous nous sommes souvent manipulés en évitant d’être nous-mêmes, en faisant le bonheur des autres à nos dépens, en nous servant de l’humour, de la torpeur ou en restant des « enfants ». Nous avons peut-être fui dans l’oubli, le cynisme et la maladie, ou nous sommes peut-être devenus des personnages compliqués et sophistiqués. Nous avons peut-être trouvé une compensation en nous complaisant dans l’état de victimes ou en nous consolant dans la spiritualité et la religion. Ces routines intérieures, superposées aux événements du passé et aux marques qu’ils ont laissées en nous, fournissent à l’ego sa structure, ses stratégies, ses armes et ses boucliers, au service de la personne… mais au détriment de l’être. On ne peut pas commencer à démanteler la personne tant que l’on n’a pas pris conscience de ce qu’elle est.
LA REMONTÉE DES COUCHES DE PEINE
Dissoudre les couches de peine accumulées fait l’objet d’une sorte d’inventaire naturel. Nous « entrons » littéralement dans l’épaisseur de nos souffrances et de nos schémas répétitifs au fur et à mesure qu’ils se manifestent ou « remontent » dans notre perception. Le but est double : nous voulons, d’une part, éliminer les résidus énergétiques douloureux accumulés dans notre organisme, et d’autre part, nous réapproprier l’énergie perdue et immobilisée dans l’oubli, le déni et les tensions chroniques.
L’idée n’est pas de nettoyer la personne de ses accumulations pour mieux la reconstruire, mais de dissoudre les éléments émotionnels et psychiques qui lui donnent sa substance. Nous voulons redonner à notre corps énergétique toute sa vitalité et son intégrité, et non pas solidifier la personne ou renforcer l’ego. Ce point est essentiel, car la crainte de perdre notre identité et le socle sur lequel la sensation habituelle du « moi » repose nous détourne souvent de ce travail. La masse de nos douleurs peut même faire office « d’écran » face à une réalité énergétique que nous ne sommes pas encore en mesure d’accueillir et d’assumer.
Vouloir nous dégager de notre malheur et de nos peines tout en restant tels que nous sommes est un leurre, car la personne s’est précisément échafaudée et solidifiée sur le socle mental et émotionnel dont nous cherchons à nous défaire. Notre attachement à ce passé renforce l’idée d’un « moi » séparé. Nous y accrocher tout en voulant nous libérer de notre souffrance revient à freiner tout en accélérant.
Il existe de nos jours de nombreuses techniques permettant de « réveiller » la mémoire du corps et d’extirper les émotions douloureuses enfouies dans le subconscient. Toutes ces techniques sont là, à notre portée, mais ce qui importe, ce sont les hommes et les femmes qui s’en servent, prêts à aller jusqu’au bout avec elles. Nous arrêter à la seule perception de nos peines, ou à l’expression de celles-ci, ne suffit pas : il faut encore acquérir le savoir-faire pour nous en détacher et pour les dissoudre. Les aspects cathartiques ont naturellement leur place, mais le simple fait d’exprimer une émotion ou de l’étiqueter n’est pas suffisant pour en venir à bout ; le travail de reconstruction de notre corps énergétique va bien au-delà. Pour faciliter la compréhension de cette démarche, ce chapitre décrit les six étapes résumant le processus de la remontée d’une couche de peine.
1. Premières manifestations ;
2. Déjouer les mécanismes de défense de l’ego ;
3. Faire face à la peur ;
4. Accueillir la couche de peine ;
5. Traverser et dissoudre la douleur ;
6. Le travail d’intégration.
***Expérimenter directement ce qui est dit en le pratiquant***
Voici une description détaillée afin qu’ensuite vous le mettiez en pratique autant de fois que nécessaire en allant à l’intérieur de vous-même en s’asseyant au calme, les yeux fermés, détendu et ouvert.
1. Premières manifestations
L’émergence d’une couche de peine est généralement précédée par la peur de souffrir à nouveau. L’empreinte de la douleur active les automatismes de l’ego et déploie les stratégies usuelles pour esquiver la douleur en chemin vers la surface. Pour la plupart d’entre nous, en particulier les hommes, la perception de la peur (et a fortiori de ce qu’elle dissimule) est si rapidement occultée que nous n’en percevons même pas la présence. La remontée de la couche de peine se manifeste alors à travers des « symptômes » tels que la frustration, l’énervement ou l’agressivité, nous incitant à nous débattre intérieurement et à faire quelque chose qui l’annulera comme de boire de l’alcool, d’allumer la télévision ou une cigarette ou de nous « perdre » dans nos occupations.
Quelque chose nous gêne et nous dérange, mais nous ne savons pas précisément de quoi il s’agit. Le réflexe habituel est de dialoguer avec nous-mêmes au sujet de cet inconfort (l’émotion s’empare de notre cerveau et le parasite), de bouger physiquement pour nous en débarrasser ou de blâmer quelqu’un, car rien en nous ne semble la justifier. Nous nous tournons alors vers notre partenaire, nos enfants, un collègue, notre travail, notre entourage ou tout élément susceptible d’engendrer de la frustration, de la peur ou de l’énervement. Cette « projection » sur l’extérieur est l’un des stratagèmes favoris de l’ego pour nous divertir de la véritable source de notre inconfort. La personne peut ainsi se nourrir de nos luttes et de notre irritation pour récupérer du terrain, se recréer et se renforcer, tandis que le véritable problème reste ignoré, tapi dans l’ombre.
À ce stade, il suffit souvent de peu pour nous provoquer et susciter un conflit. Les mécanismes de protection de l’ego s’activent comme une armée en état d’alerte, prête à combattre ou, si l’ennemi s’avère supérieur, à battre en retraite.
Notre sensibilité est « à fleur de peau » et réagit facilement à l’évocation d’une douleur bien présente mais que nous nous efforçons d’enfouir tout au fond de nous et d’esquiver. Quand nous sommes poussés dans nos retranchements, notre irritation peut rapidement se muer en colère, voire en agressivité. Nous élevons la voix, claquons une porte ou repoussons quelqu’un. Nous nous accrochons pour que les choses se fassent à notre façon et combattons le doigt qui vient se poser « là où ça fait mal » pour ne pas affronter ce qui se passe dans notre cœur.
2. Déjouer les mécanismes de défense de l’ego
En prenant conscience de nos résistances, nous observons l’ego à l’œuvre, sa façon de fonctionner, ses faux-semblants, ses manipulations et ses stratégies pour nous inciter, de façon très convaincante, à nous détourner d’une façon ou d’une autre de la « menace ». Ces mécanismes sont ancrés dans nos automatismes et une bonne dose d’observation, de lucidité et d’honnêteté envers nous-mêmes est indispensable pour les traquer et les « prendre sur le fait ».
Être sincères envers nous-mêmes et à l’égard de nos proches va à l’encontre de la malhonnêteté inhérente à notre système de défense. Nous surprendre nous-mêmes en flagrant délit de mauvaise foi ou de déni est déjà un accomplissement en soi, car cet acte nous place immédiatement face à notre peur et à notre douleur, d’où la difficulté d’être authentiques. Seul un engagement sincère et profond permet de contrer et déjouer l’indécrottable propension de l’ego à biaiser la vérité pour retomber sur ses pattes.
Les différentes formes de malhonnêteté et autres stratégies de défense ont déjà été évoquées dans les chapitres précédents. Ce dont nous avons besoin maintenant, c’est de nous observer lorsque nous sommes mis au pied du mur, provoqués et sollicités tout en veillant à ne plus nous identifier à nos réactions habituelles et automatiques. Nous devons cultiver notre faculté d’être simplement présents à la peur et à la douleur, avec un cœur ouvert et le désir de ne pas chercher instantanément à les repousser.
Notre meilleur soutien dans cette démarche est notre intention de nous libérer des événements que nous avons effacés de notre mémoire, et dont nos corps physiques et énergétiques souffrent le plus. C’est également notre désir de nous défaire des obstacles qui empêchent l’amour de grandir et de s’épanouir dans notre couple. Ces motivations sont essentielles pour nous permettre de retourner là où tout s’est joué. Les manigances de l’ego vont à l’encontre de l’amour. Quand il s’agit de protéger nos peines, l’ego piétine, détruit, manipule, gâche, blesse et souille ce que nous avons de plus précieux. Nous disposer à reconnaître ce que nous ne voulons pas voir et ressentir en nous est le premier pas vers notre vérité et notre liberté.
Pour nous encourager dans ce sens, il suffit d’un acquiescement intérieur et de nous rappeler que les peines que nous conservons et chérissons depuis si longtemps nous font du mal, à nous comme à nos proches, et que nous en souffrons depuis des décennies, consciemment ou inconsciemment, même si les événements qui en sont à l’origine n’ont duré que quelques secondes ou quelques minutes. Il est essentiel d’accepter ces « retours en arrière », à la seule fin de réparer les dégâts que ces événements ont causés en nous, en assumant le rôle d’un accompagnant bienveillant face aux instants où nous étions trop petits ou trop effondrés pour affronter les épreuves avec recul et sagesse.
Rester vaillants et conscients tandis que la peur nous submerge n’est pas chose facile, mais cela devient possible lorsque nous cessons de lutter et lorsque nous nous disposons à accueillir les contenus douloureux mis de côté depuis si longtemps. Avec un peu d’entraînement et de persévérance, il est possible de franchir cette barrière. La souffrance qu’engendre ce travail est utile et libératrice, tandis que celle née de nos luttes et de nos fuites est inutile et stérile. Si nous ne sommes pas prêts à faire face à nos douleurs enfouies, nous ne pouvons pas nous en libérer. C’est le prix à payer ; un prix que nous acceptons d’autant plus volontiers lorsque nous réalisons les bénéfices de ce travail et le soulagement profond qui en découle.
Une fois les mécanismes et stratégies de défense de l’ego identifiés, il faut lâcher prise et cesser de lutter. Il s’agit là d’un point crucial qui fait toute la différence entre une compréhension purement intellectuelle de la difficulté et l’expérience directe de celle-ci dans le corps et le ressenti. Cet instant clé survient souvent lorsque nous avons tort ou perdons la face, quand nous cessons d’argumenter et de défendre notre point de vue, de rabaisser l’autre, de nous mentir, de lutter ou de nous raconter des histoires pour justifier notre peur de changer.
3. Faire face à la peur
En acceptant de ressentir pleinement l’imitation, l’énervement ou la gêne sans céder aux injonctions de l’ego, nous franchissons la première ligne de défense. Juste derrière celle-ci, la peur de souffrir se dresse comme un dernier rempart face à la couche de peine, prête à entrer dans notre perception. À l’approche de cette peur, le plexus se noue, la respiration se bloque. Nous contractons nos épaules, notre nuque, la poitrine et le bassin comme autant de diaphragmes que nous refermons pour nous dissocier du corps et de ce ressenti menaçant.
Lorsque la peur nous envahit, l’ego tente à nouveau de reprendre le dessus, il déploie ses forces dans la bataille et met notre vigilance au défi. Là encore, il est tentant de nous « couper » du ressenti en nous réfugiant dans le mental ou en cédant à nos faiblesses habituelles. Chacun a sa façon de se laisser aller. Certains se complaisent dans l’apitoiement de soi ou dans le confort, l’alcool, la nourriture, la fumée, les divertissements, la facilité, la dépression, l’orgueil ou le renfermement. D’autres s’abandonnent au doute et au déni de soi, à l’impuissance, à la confusion, à la révolte ou aux jeux imbéciles de la personne.
Le plus difficile est d’accepter cette peur et d’y « entrer » consciemment, non pas en luttant contre elle ou en la fuyant, mais en restant présent à soi et en la laissant nous traverser sans réagir ni céder aux automatismes de l’ego. En restant vigilants, nous pouvons observer la peur nous envahir comme un fluide et nous pénétrer de sa vibration si caractéristique. Tout en veillant à ne pas bloquer notre respiration ni à nous figer, nous devons rester ouverts à ce que l’appréhension dissimule.
Si nous pouvons demeurer avec cette peur quelques secondes alors que la veille, cela nous était impossible, nous parviendrons à devenir si intimes avec elle qu’elle provoquera immanquablement l’effondrement de nos drames personnels.
Il nous faut agir ainsi pour réaliser qu’il est possible de lui faire face sans nous opposer à elle, pour découvrir que nous pouvons l’apprivoiser ou nous laisser apprivoiser par elle jusqu’à ce qu’elle perde le pouvoir de nous détourner de la douleur ou de toute autre sensation indésirable.
L’idée n’est pas de nous débarrasser de la peur pour aller plus profondément en nous-mêmes, mais de nous y confronter chaque fois que cela s’avère nécessaire. Quand nous nous permettons de la ressentir pleinement, sans l’esquiver et sans devenir inconscient, sans céder aux impulsions de défense et de fuite de l’ego, elle change rapidement de texture et se transforme en autre chose.
Nous voilà maintenant vulnérables, dépouillés de nos stratagèmes et livrés simplement et humblement à notre ressenti et aux meurtrissures que nous nous sommes efforcés de protéger. Une vie à combattre ces instants se transforme en un acte d’amour ; nous sommes à présent au seuil de notre peine.
4. Accueillir la couche de peine
Faire face à une couche de peine équivaut à une seconde chance d’affronter les situations du passé, mais sous un angle différent. Nous percevons et ressentons clairement l’émotion douloureuse nous envahir. Les sanglots sont tout proches, et il ne faut pas les retenir. Notre système vomit sa « contamination » énergétique tandis qu’un nœud de souvenirs cachés se débat pour sortir de nous. Ce n’est pas le moment de nous perdre dans l’histoire de notre peine et nous devons y être particulièrement attentifs.
Les plus importantes révélations nous sont données lorsque nous ne cherchons pas à en interrompre le cours. Empressés de nous débarrasser de la sensation douloureuse ou de l’analyser (une propension très souvent observée chez les hommes), il est tentant de quitter notre ressenti pour retourner dans le mental. Si nous nous arrêtons trop vite, nous risquons d’interpréter hâtivement et de façon erronée les premiers éléments perçus.
Il n’est pas rare d’associer une émotion douloureuse à un événement connu, alors qu’en pénétrant plus profondément dans l’épaisseur de la couche de peine, nous découvrons que son origine est beaucoup plus ancienne. Les conclusions hâtives et à l’emporte-pièce doivent être évitées tant que nous n’avons pas traversé toute « l’épaisseur » de la douleur qui s’offre à nous. Il est impératif de nous libérer de la domination incessante exercée par le mental en restant présents à notre ressenti et conscients durant tout « l’accouchement ». À terme, la vraie cause de nos douleurs nous est souvent révélée.
5. Traverser et dissoudre la couche de peine
Accueillir, ressentir, traverser et dissoudre une couche de peine est un art dont voici les clés : le premier point est de ne pas nous faire de mal ni d’en faire aux autres lorsque nous exprimons notre douleur. Tout élan dans ce sens est une manifestation de l’ego qui lutte et résiste contre la peine, ou contre celles dissimulées plus profondément. Il faut lâcher prise, cesser de nous débattre et de nous obstiner.
C’est un moment de vérité qui ne laisse aucune place à la pitié ni au laisser-aller. Nous devons être bienveillants avec nous-mêmes tout en étant fermes dans notre intention de nous libérer de nos démons, sachant que si nous n’allons pas à eux, ils viendront à nous là où nous les attendons le moins.
En combattant la peine ou en nous complaisant en elle, nous lui donnons l’énergie dont elle a besoin pour survivre. Après chaque épisode cathartique, elle retourne simplement dans la masse émotionnelle, forte de l’attention que nous lui avons accordée, prête à rejaillir à la prochaine occasion comme un virus incubé en silence.
La meilleure façon de traverser la couche de peine est de trouver le juste équilibre, sans lutter ni réprimer l’émotion, mais en veillant également à ne pas nous « perdre » en elle. Le déni de notre peine est tout aussi redoutable que le fait de nous cramponner à notre chagrin et à notre douleur.
Même si chaque millimètre de notre être veut courir dans la direction opposée, il faut demeurer là, car il n’y a pas d’autre moyen de se mouvoir au-dedans de nous. Pour nous réconcilier avec nous-mêmes, nous devons apprendre à maintenir notre cœur ouvert dans cet enfer temporaire, à rester conscients dans l’œil du cyclone. Si nous étions vraiment l’émotion qui nous assaille, nous ne pourrions ni l’observer ni nous en détacher.
La peine est là, et ça fait mal. Cette douleur est celle que nous avons mise de côté si longtemps parce que nous n’étions autrefois pas en mesure de l’accepter. Il faut à présent l’accueillir comme un enfant blessé, nous autoriser à la sentir pleinement sans nous y attacher. En nous apitoyant sur nous-mêmes, nous ne faisons qu’entretenir notre attachement à cette douleur. Bien qu’elle soit intime, il est temps de nous en départir, d’en faire le deuil et de la laisser s’en aller.Cette peine est une partie substantielle de notre personne et l’un des fragments de notre histoire. Elle est probablement associée à quelqu’un ou à un événement qui lui confère un statut particulier dans notre intimité et dans notre mémoire. Avec le temps, elle est devenue une partie de nous-mêmes et de la personne que nous pensons être et lorsque nous lâchons prise, c’est un pan de notre vie et de notre identité qui s’effondre. Éprouvés, mais également soulagés et libérés, nous entrons alors dans un espace plus serein ; le calme après la tempête. Même si nous sommes encore dans le sillage de cette douleur et des éléments qu’elle porte à notre connaissance, nous nous découvrons plus ouverts, plus réceptifs et plus aimants. La peur a disparu, comme si elle n’avait jamais existé.
Chaque couche ainsi traversée libère la mémoire des événements figés dans le temps, diminue un peu la masse émotionnelle et permet à notre corps énergétique de se reconstruire après les dégâts que cette douleur a engendrés.
Une couche de peine peut être dissoute en un seul passage, mais généralement, ce processus s’effectue en vagues successives, un peu comme lorsque nous vomissons tout en sachant que d’autres spasmes se préparent à remonter à la surface… La récurrence d’une émotion apparemment similaire à la précédente ne signifie pas pour autant que nous régressons, mais que la douleur n’a pas pu être accueillie dans son intégralité en une seule fois. Certaines de nos peines sont liées à un événement bien particulier, tandis que d’autres résultent d’un chapelet d’événements étalés dans le temps. Un abus sexuel, par exemple, laissera dans notre corps énergétique une empreinte différente de celle apposée par un sentiment répété de manque d’amour.
Bien qu’intense, chaque vague ne dépasse jamais le seuil de ce que nous sommes capables de tolérer et d’accepter à chaque instant. Notre mécanisme naturel de protection nous évite d’être atteints par une énergie trop puissante et susceptible d’entraîner des dommages physiques ou psychiques. Il ne faut rien forcer. La détente, le lâcher prise, la patience, la persévérance, la confiance et l’amour sont nos meilleurs alliés dans ce processus. Nous en remettre à la sagesse du corps et à ce que nous ressentons au plus profond de nous prévaut dans cette approche.
6. Le travail d’intégration
Accueillir adéquatement l’intensité d’une couche de peine n’est pas tout. Nous devons également être en mesure d’accepter les révélations mises en lumière par ce travail ainsi que les changements susceptibles de se produire dans notre vie et dans nos relations ; une démarche d’assimilation qui modifie considérablement notre façon d’ètre et de fonctionner. Nos souffrances font partie de notre sens d’identité. Lorsqu’elles se dissolvent, des repères familiers s’estompent, et un travail d’intégration s’impose pour nous accompagner dans le changement.
« Accoucher » d’une couche de peine permet non seulement de réparer notre corps énergétique, mais également de casser les vieux schémas qui vampirisent notre énergie. Les événements traumatisants de notre existence provoquent parfois des décisions
importantes dont l’impact résonne à travers notre manière de fonctionner et d’entrer en relation avec autrui. Si, par exemple, nous avons été abandonnés ou traités durement et injustement durant notre enfance, il est probable que nous en ayons tiré des décisions lourdes de conséquences, comme par exemple celle de nous couper de notre cœur pour ne plus souffrir.
Un tel choix est un acte d’intention particulièrement puissant. Il détermine notre destinée et moule nos comportements, en accord avec le pacte que nous avons signé avec nous-mêmes. À la longue, nos façons d’être sont assimilées comme étant naturelles, alors qu’il n’en est rien ! Nous sommes simplement sous le joug d’une terrible décision prise il y a très longtemps, et dont l’influence affecte également les vies de nos enfants et celles des générations suivantes.
En nous engageant dans un travail de purification de nos blessures d’enfant et d’adulte, nous mettons à jour, un peu à l’image d’un archéologue, les éléments fondateurs de nos modes de fonctionnement. Prendre conscience d’une décision fondamentale, prise peut-être des années plus tôt, peut littéralement changer le cours de notre vie. Cette mise en évidence ne s’accomplit pas en raisonnant, mais en désamorçant nos stratégies de protection et en libérant la charge énergétique de nos peines, car la réponse se trouve toujours dans notre corps, et non pas dans notre tête.
Les décisions que nous avons prises autrefois, sur le coup de la douleur, doivent à présent être contrecarrées. Dans l’exemple précédent, la libération de notre peine peut par exemple déboucher sur l’intention de nous ouvrir à nouveau à l’amour et de le manifester aussi souvent que possible, en cessant d’être aussi durs et en exprimant physiquement notre affection.
Nos intentions sont toujours plus fortes que la raison, et bien plus puissantes que notre volonté personnelle. Lorsque nous changeons, le comportement de notre partenaire et celui de nos enfants s’accorde avec notre nouvelle disposition, vibre sur la même fréquence, éliminant certains problèmes et conflits restés jusqu’ici irrésolus en dépit de notre bonne volonté et de tous nos efforts.
Le travail sur les couches de peine expose également un autre aspect important du processus de guérison en mettant en lumière les actions inachevées et les engagements qui nous lient. Les deuils non accomplis, pour ne citer qu’un exemple, sont source de nombreuses dépressions et d’empêchements à vivre. Nous n’avons peut-être pas fait grand cas de la perte d’un proche, et pouvons découvrir un jour à quel point ce deuil non résolu bloque le déploiement de notre mouvement évolutif et notre aptitude au bonheur…
L’habitude de laisser passer les choses, en se disant que le temps arrangera tout, se révèle stérile à la lumière des peines qui se manifestent dans notre perception. Ce que nous n’avons pas fait doit être accompli et achevé maintenant. L’action purifie, et mettre de l’ordre dans notre vie est le meilleur moyen d’éliminer les situations susceptibles de générer en nous des émotions négatives, mais également de nous libérer des engagements et des promesses formulés autrefois sur le coup de la douleur et de l’émotion.
Nous réapproprier l’énergie prisonnière des actions inachevées implique des rituels personnels intuitifs et des actions pratiques de natures très variées. En suivant notre bon sens et notre ressenti, nous saurons ce qu’il convient de faire au moment voulu. Parfois, nous ressentirons le besoin d’écrire aux personnes concernées, de leur parler ou de tenir un journal intime ; en d’autres occasions, il peut être libérateur de jeter certains objets ou d’accomplir toute autre action dictée par nos impératifs intérieurs. Si les personnes concernées sont décédées, nous agirons de façon similaire en leur parlant avec notre cœur ou en leur écrivant une lettre, comme si nous avions vraiment l’intention de la poster.
Ces rituels, ou actes intimes, peuvent paraître simplistes, mais ils modifient notre configuration énergétique à un niveau que la raison ne peut saisir. Ils ne visent pas à changer les personnes impliquées dans notre démarche, mais à nous libérer des charges qui nous lient à elles et entravent notre progression.
Entreprendre ce noble et courageux travail est remarquable. De par la difficulté de la tâche, bien peu s’y engagent, mais ceux qui le font comprennent vite les limites des stratégies habituelles et le caractère incontournable de ce face-à-face.
Cinq à sept ans sont souvent nécessaires pour venir à bout de la plus grande partie de la masse émotionnelle. Si certains se contentent d’éliminer les « obstacles à vivre » les plus importants, d’autres, mus par l’impératif impérieux d’aller jusqu’au bout d’eux-mêmes, entreront alors plus profondément dans le processus de transformation intérieure.
Après avoir traversé quelques caps difficiles, la personne a tendance à se renforcer et à se croire « arrivée », son principal souci étant de revenir à sa configuration habituelle. Mais pour les hommes et les femmes que l’amour, la vérité et la liberté appellent, ce travail de purification n’est qu’une étape. Le processus ne fait que commencer, et va bientôt mettre à l’épreuve toutes leurs facultés.
Peu importe l’endroit où nous nous trouvons, il faut bien commencer quelque part. Là où nous sommes est l’endroit idéal ! Tout ce dont nous avons besoin, dans un premier temps, est de comprendre les mécanismes de la souffrance et de nous armer de cran et de persévérance pour affronter les peines jetées aux « oubliettes » de notre organisme et de notre psyché.
Ce qui est vrai dans notre expérience constitue notre « vérité » ; une vérité relative et temporaire amenée constamment à se déployer et à s’affiner. Cette aventure n’est pas celle de l’intellect (bien qu’il y participe), c’est avant tout celle du ressenti et de la conscience.
Les peines et frustrations accumulées depuis la naissance sont déposées en couches successives dans notre psyché. L’ensemble des couches constitue la masse émotionnelle, représentée symboliquement sous la forme d’un oignon.
La clé pour accéder aux émotions douloureuses de notre subconscient est l’observation des mécanismes de protection et de défense de l’ego. Si nous ne cédons pas à l’impulsion de fuir ou de réprimer les sensations qui émergent dans notre perception, nous avons la possibilité d’entrer plus profondément en nous-mêmes et d’« accoucher » des peines qui nous séparent de notre vitalité, de l’amour et de notre joie de vivre.
Chaque couche douloureuse de la masse émotionnelle est généralement précédée de plusieurs sensations ou émotions qui l’enrobent et la protègent. On observera, dans sa propre expérience, que l’imitation, l’agitation, l’énervement ou la colère précèdent souvent la peur, puis enfin, la peine. Ces trois étapes sont caractéristiques de l’émergence d’une couche de peine.
La peur est très souvent liée à la mémoire d’une douleur en chemin vers la surface. Si la douleur semble parfois naviguer entre deux eaux, délogée du subconscient mais encore fermement retenue derrière nos résistances, la peur en annonce la proximité. À chaque instant, l’opportunité de l’accueillir peut se présenter. Si nous devions nous y reprendre à plusieurs reprises, nous saurions, avec la pratique, reconnaitre plus facilement la peur qui précède la peine, sans systématiquement la combattre.
Au terme de ce travail, nos blessures ne déversent plus leur pus émotionnel. Nos routines intérieures pour les éviter s’effritent et disparaissent, libérant notre potentiel bien au- delà des comportements restrictifs mis en place par l’ego.
***Expérimenter directement ce qui est dit en le pratiquant***
Résumé en dix points des étapes clés lors de la remontée d’une couche de peine
1. Rester attentifs à ce qui se passe dans notre corps et dans notre ressenti, particulièrement lorsqu’un doigt extérieur (événement ou personne) vient se poser sur une zone sensible ;
2. Observer les stratégies de protection et de défense de l’ego. Résister au désir d’abonder dans leur sens ;
3. S’arrêter, observer et cesser de lutter ;
4. Accepter la peur comme la messagère de notre peine, la laisser nous envahir tout en gardant un « millimètre » de distance (de vigilance) au cœur de ce nuage obscur ;
5. Entrer en contact avec la couche de peine, l’accueillir et coopérer avec le mouvement de l’énergie ;
6. Rester conscients et présents quoi qu’il arrive. Ressentir pleinement la peine sans la réprimer et sans nous y complaire et veiller à ne pas nous retrancher dans le mental. Si nous ne savons plus quoi faire, nous détendre physiquement et accepter ce qui est en nous ;
7. Entourer notre douleur de notre présence bienveillante, sans chercher à l’atténuer et sans nous y attacher. La laisser se dissoudre à la lumière de notre attention consciente ;
8. Examiner si d’éventuelles promesses envers nous-mêmes ont été formulées à la suite d’événements douloureux ou traumatisants ;
9. En temps voulu, exprimer nos nouvelles intentions, puis les soutenir et les renforcer à travers des actions pratiques ou des rituels privés ;
Mettre de l’ordre dans notre vie et poser les gestes nécessaires pour conclure nos actions inachevées, selon ce que dictent notre intuition et les renforcer à travers des actions pratiques ou des rituels privés ;
10. Mettre de l’ordre dans notre vie et poser les gestes nécessaires pour conclure nos actions inachevées, selon ce que dictent notre intuition et les nécessités du moment.
S’assoir au calme, les yeux fermés, détendu et ouvert puis pratiquer, pratiquer, pratiquer… Ensuite il sera possible de mettre cela en pratique dans d’autres situations de la vie à chaque fois qu’une cristallisation demandera à être dissoute… Cette pratique peut produire cris, pleurs, rires, bourdonnements, convulsions et vomissements, laissez-les sortir, ce sont des effets secondaires encourageants. Ce dévoilera à vous, de en plus souvent un silence paisible, présent, vibrant, vivant, clairvoyant,… Approfondissez ce silence, faites en votre socle, votre perspective nouvelle. Et prenez conscience que vous êtes ce silence au sein duquel le personnage, le monde apparaît… Alors, un jour, il ne restera plus rien à dissoudre…

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