Les lumières du catholicisme

Le Catholicisme est une récupération de la parole Christique par le monde de l’avoir. Il permit durant le Moyen Âge d’asseoir la puissance de la noblesse en légitimant la propriété foncière contre la propriété commerciale. Il a malgré tout cette spécificité d’avoir été en Europe le réceptacle privilégié des joies verticales des hommes simples disant par la transsubstantiation que l’ecclesia du Christ avait vocation à se manifester maintenant sur terre. Cette plasticité au divin du rapport social médiéval a produit un catholicisme qui dans ses rites a su, malgré sa hiérarchie, rendre grâce au Christ.

La confession a deux significations qui pointent vers le Un.

Lorsqu’on se confesse, nous sommes toujours pardonnés quoique nous fassions révélant ainsi que l’histoire du personnage est sans importance que nous pouvons nous en libérer car quoi que nous fassions le Christ en fait automatiquement table rase.

C’est un appel à se détacher de l’Histoire d’un individu séparé et à voir que nous sommes au-delà du corps et de ses conditionnements. Peu importe les actes, les pensées, les remords, tout cela n’a aucune importance, aucune réalité définitive et sera automatiquement annihilé à chaque confession dans le pardon final. Celui qui regarde le futur à partir du passé est présentement emprisonné dans une boucle illusoire qu’il reproduit aveuglément. Qu’il soit compris que la confession est un symbole pour nous dépouiller et révéler notre vraie nature, la confession reproduite est elle-même illusoire car elle entretient un jeu de culpabilisation-déculpabilisation une sorte de relation commerciale avec Dieu comme le ramadan. 

Le but de la confession n’est pas d’entretenir un rapport narcissique d’auto-culpabilité où l’on sera toujours fautif et dépendant d’un clerc qui nous laverait une fois par semaine. Cette vision culpabilisatrice est une récupération de la classe dominante de l’époque pour encaserner le paysan réfractaire comme le font aujourd’hui les curés gauchistes avec les idéologies inclusivistes forcenées.

En vérité, il n’y a jamais de fautes, jamais de bon ou de mauvais choix puisque tout est toujours pardonné. La confession est un jeu de rôle joué entre le prétendu pêcheur et le prétendu sauveur, c’est une parabole théâtralisée qui pointe vers l’universalité de notre vraie nature afin que l’histoire individuelle soit Vue. Si tu mets la main à la charrue débarrasse-toi de toute cette histoire illusoire juste en la voyant pour ce qu’elle est : une histoire, des pensées qui ravivent inutilement un passé à jamais disparu, c’est de l’auto-persécution.

La confession est une invitation à déballer l’histoire du personnage afin de pouvoir poser un regard dessus comme étant une histoire, un conte, une illusion et de tout jeter à la poubelle dans un pardon final. Cela peut être fait en une fois et donc inutile de revenir se confesser sans quoi cela devient un jeu de dupes répété à l’infini…

Une fois la confession effectuée et l’histoire vue pour ce qu’elle est, l’invitation est au repentir.

Repentir

Dans sa forme originelle, le repentir Latin est un changement de perspective radicale, un retournement de la conscience.

Se repentir suite à la confession c’est l’abandon de la perspective individuelle limitée qu’est l’histoire individuelle telle qu’elle a été contée lors de la confession (l’histoire de Pierre Paul Jacques) pour embrasser la perspective universelle.Dans le repentir, au lieu de se voir comme un individu séparé du monde,il est vu que nous sommes le monde en totalité sans séparation.

La perspective que nous sommes le divin unifié d’abord et qu’ensuite il apparaît des objets au sein du divin unifié que nous sommes…qu’ il apparaît le corps, les conditionnements, les pensées, la nature etc. Bref, il apparaît le monde, notre monde. L’individu apparaît au sein de la conscience et non l’inverse. En réalité, Le divin est tout, il n’y a pas le Divin et dans le Divin des choses qui apparaissent.Le Divin que nous sommes est à la fois les apparitions impermanentes et l’absolu permanent, de plus les apparitions éphémères procèdent de la même substance que l’absolu, sont l’absolu, tout est Un.

Le péché

Pêcher veut dire en Grec «Manquer le But». Prenons ici le But dans son ultime signification comme aboutissement, accomplissement de l’Homme puisque c’est de ce dont il s’agit.

Le pêcheur est invité à se confesser car par la repentance, il va «atteindre le But» qui justement est de prendre conscience qu’il n’y a aucun but intermédiaire à atteindre puisque nous sommes déjà le Divin que nous cherchons de toute éternité. C’est par le dressage social qu’une médiation semble apparaître entre l’Homme et le Divin. Cette médiation se caractérise par une accumulation de croyances quant aux phénomènes qui apparaissent en notre sein qui produisent des cristallisations émotionnelles et mythologiques qui tordent le réel. L’identification à ces cristallisations produit des conditionnements qui se soldent par des comportements inhumains. Par l’identification la Conscience se prend pour la médiation, ainsi la médiation n’est plus vue comme médiation illusoire puisqu’elle devient le point de départ de l’expérimentation. Je ne suis plus Conscience, je suis Pierre avec une histoire personnelle qui se caractérise par des comportements conditionnés machiniques. 

Pour aller à la racine, nous voyons ici que juger les comportements comme tels c’est manquer le But puisque la source de ces comportements est la médiation crue vraie. Ainsi un homme esclave des conditionnements sociaux que l’histoire lui a légués est voué à pêcher. Un homme qui cherche son salut dans la réorganisation de la médiation en reste esclave et est donc voué à pécher. La seule sortie est de se reconnaître comme Conscience consciente, perspective à partir de laquelle la médiation est vue comme telle et perd donc sa capacité hypnotique. Le résultat étant contenu dans le début, seule la repentance de la conscience qui se retourne sur elle-même produit la perspective vraie à partir de laquelle le vrai se met en perspective. Tout peut être alors directement vécu sans péché.

Lorsque l’on se confesse, c’est que l’on a encore quelque chose à confesser, se confesser c’est dire que l’on croit encore à l’histoire individuelle, se définir comme pêcheur c’est manquer le But.

Le principe de but tels qu’ils nous est imposé par le mode de production de la séparation est qu’il ne peut jamais être atteint sans quoi il n’est plus un but. C’est pour cela qu’un but est toujours remplacé par un autre à l’infini, le but ultime caché derrière tous les buts étant de toujours avoir un but à se mettre sous la dent. Dans cette définition du but, l’acte de manquer le but est contenu dans le fait même d’avoir un but, s’imposer des buts est un conditionnement compulsif névrotique hérité de la société de l’avoir. En réalité, pour arrêter de manquer le but, il suffit d’arrêter de se donner des buts extérieurs à nous-mêmes hérités de l’aliénation. C’est un appel à réaliser que nous sommes le tout, que nous sommes le Divin qui joue à se croire séparé en se créant un but. Car avoir un but c’est postuler que nous serions un individu séparé posé ici et qui devrait atteindre quelque chose posé là-bas plus loin dans le temps et l’espace. En réalité, nous nous auto-réalisons en permanence. Lorsque nous nous reconnaissons comme la Vie nous avons une confiance inébranlable en la Vie et nous sommes persuadés qu’il arrivera exactement ce qu’il doit arriver, le but est alors remplacé par un élan naturel du cœur sans enjeux, l’enjeu est remplacé par le jeu. En revanche, le but est une projection mentale dans un futur hypothétique qui provient d’une angoisse, d’un postulat qui voudrait qu’il serait possible que nous n’arrivions pas à être ce que nous sommes ou qu’il faudrait que nous soyons autre chose, or ce qui est ne peut pas ne pas être et nous devenons uniquement ce que nous pouvons devenir. Je peux m’imposer le but de devenir pianiste et alors je fais dépendre «mon» bonheur d’un événement spécifique. Ainsi, j’ajoute un enjeu au jeu. En réalité, si je dois devenir pianiste je le deviendrai car l’élan de vie qui m’y poussera sera incoercible. 

Prendre ce qui arrive et en faire une histoire qu’on rattache à un Moi hypothétique est une appropriation narcissique du tout.

Le Christ répond toujours: lave-toi de tes péchés, lave-toi de ce conditionnement compulsif de te prendre pour un individu séparé du monde à qui il pourrait arriver des choses, à qui il pourrait arriver autre chose que ce qui arrive.

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